Frères de sang (texte écrit pour le livre)

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

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J'ai écrit ce texte exprès pour le livre. Mais finalement il n'est pas dans le bouquin. Mon editeur en a pas voulu. Il a dit "pas assez bon par rapport aux autres textes" mais en fait je le soupçonne d'avoir trouvé ça trop violent. ^^

Disons que c'est mon cadeau de Noel pour vous.

Cette histoire s'appelle "frères de sang" et le plus fou c'est que ça se passe un an avant le début du blog, pendant l'été 2004 et pourtant  je m'en souviens comme si c'était y'a 3 ans et demi...


Postiche t'es prêt ? C'est Crocheton qui demande à Postiche si il est prêt. Postiche dit oui. Moi je dis que je suis prêt aussi. Crocheton baisse son pantalon. J'enlève mon short. Crocheton s'assied sur sa main. Ça fait une position bizarre mais chacun fait comme il veut. Y'a pas de règle. Moi je mets ma main dans mon slip mais je reste debout. On arrête de respirer. Crocheton et moi on devient tout rouge et presque en même temps puuuuuuu : on pète dans notre main. On referme vite notre poing pour enfermer le pet comme un oiseau, et on met nos mains sous le nez de Postiche. On les ouvre en disant "Sens !" et Postiche respire à fond l'immonde odeur d'œuf pourri. Voilà. Maintenant Postiche est notre frère de "sens !"

C'est après ça que tout est arrivé. Postiche était dans l’arbre. Tout était calme. Il faisait 35°. Et puis d’un seul coup on a entendu PAN. Un coup de fusil. Postiche est tombé de sa branche. On s’est précipité vers lui. On l’a retourné sur le dos en disant Post’ est-ce que ça va est-ce que ça va ? Et c’est là qu’on a vu l’énorme tache rouge sombre sur son tee-shirt blanc. La tache rouge sombre un peu visqueuse sur son ventre. On a entendu PAN, il est tombé, on a vu la tache rouge sur son tee-shirt. C’est là qu’on s’est mis à courir.

Vous savez ce que c’est la frousse ? Vous savez ce que c’est courir pour juste pas mourir ? Courir pour sauver sa peau ?
Nous, on sait.

« Il a un fusil, il a un fusil !! »
Vous pouvez hurler ces mots, vous pouvez les gueuler aussi fort que vous voudrez, ou vous pouvez gueuler « j’aime les sardines » parce que ça fera aucune différence. Mais si vous êtes poursuivi par un malade mental qu’a un flingue à la main et une furieuse envie de vous foutre une balle en pleine tête et que vous avez vraiment très très peur de mourir dans moins de trois secondes alors vous êtes sûrement en train de gueuler il a un fusil il a un fusil exactement comme nous.

J’aime pas lire. Dans les livres, tout est toujours compliqué. Alors que dans les films c’est mieux. Par-exemple, dans un livre, comment tu fais pour décrire un mec qui court dans un champs de blé puis un champ de maïs puis un champ de blé, tout en expliquant que le mec est à bout de souffle mais qu’il peut pas s’arrêter de courir parce que sinon il va mourir et que les épis de blé c’est comme des milliers de martinets qui lui fouettent les cuisses et le visage et que quelqu’un gueule il a fusil il a un fusil ? Bah tu peux pas.
Parce que ça ferait des phrases trop longues.

Pour fêter la cérémonie des frères de "sens !", on était parti piquer des fruits dans les jardins ouvriers. Postiche était dans l’arbre et secouait les branches autant qu’il pouvait et moi j'étais en dessous avec mon sac. Je ramassais toutes les cerises qui tombaient. Un peu plus loin Crocheton faisait sa cueillette. Tout ça dans un silence parfait. Avec le soleil tout jaune et tout rond juste au-dessus. Des fois, on s’arrêtait net. Comme dans les films. Avec les yeux plissés. Et on pivotait à deux à l'heure, comme des tournesols, pour vérifier que tout était calme. Après on fermait le poing avec le pouce en l’air, OK, et on continuait de cueillir. Au loin, y'avait Benoît et Mimosa déguisés en arbre qui faisaient le guet. Et puis d’un seul coup, on a entendu « BANDE DE PETITS CONS ! » et on s'est tous retournés et au loin on a vu le père Goimain avec son fusil sur l’épaule et on s’est accroupis et on a entendu PAN et puis VLAM : Postiche est tombé comme un gros sac à un mètre de ma tête. Je regarde Crocheton qui regarde le père Goimain, au loin. Postiche me regarde pas. Il est allongé sur le sol. Crocheton regarde Postiche et puis se lève d’un bond et court vers nous et on retourne Postiche sur le dos et c’est là qu’on fait « whooo putain… ». La tache rouge sur son tee-shirt.

On soulève Postiche et je crois que c’est Benoît qui gueule il a un fusil !! Il a un fusil !!

C'est pour ça qu'on est en train de courir à travers les champs. On veut sauver notre peau. On veut pas mourir. On est trop jeunes. J’entends la voix de Croch’ qui dit grouillez-vous les mecs. Grouillez-vous ! Les épis de maïs défilent à toute vitesse.

On est sur le plateau. En haut de la falaise. Si on regarde tout ça depuis le ciel, comme si on était un oiseau, comme dans les films, on voit cinq traits parallèles qui avancent au travers des bandes jaunes et vertes de blé, puis de maïs, puis de blé. Les bandes s’arrêtent net sur le bord de la falaise. Et les cinq traits sont parallèles au bord de la falaise, et les cinq traits, c’est nous.

De là-haut, on peut voir le sentier. C'est le sentier qui redescend vers la carrière. C’est vers ça qu’on court, vers l'entrée du sentier, et dès qu’on y est, chacun arrive en courant et dérape vers les buissons et s’allonge avec le ventre qui se soulève et retombe et se soulève et pas possible de dire un mot tellement on est essoufflés. Et puis on regarde tous Postiche, notre frère de sang, qui halète comme un veau sur le sol, avec sa grosse tache rouge et visqueuse sur le ventre. Crocheton y trempe son doigt et puis le lèche. Je fais pareil. Huuum. Vraiment dommage que tu sois tomber sur le sac, Post’, parce que ces fraises-là elles sont succulentes.




 


Publié dans Au jour le jour

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louis 16/02/2008 21:51

Ben moi, j'suis bon public, j'essaye jamais de trouver la fin. J'étais dedans (un peu "la mort aux trousses" un peu moi avec les CRS aux fesses à Creys-Malville)
Bravo, bravo

marianna 16/02/2008 18:17

c'est vraiment dommage pour les fraises, elles vous avaient rien fait mais bon on peut pas tout avoir.

LJR 13/02/2008 20:41

j'ai lu trop de tes textes...
Dès le début j'ai su qu'il y a vait un truc, et dès que je suis arrivé au mot cerise je savais que c'était parce qu'il était tombé sur un sac de fruit rouge! Par contre je croiyais que c'étais des cerises, mais enfait c'étais des fraises... xD
JADOOOOOOOOOOORE

Smarties 08/01/2008 23:53

Trop fort ! Tellement bon que j'achète ton livre !

meg-@nne 05/01/2008 21:34

vraiment génial!je crois que je vais tout de suite aller acheter ton livre(je vais quand même attendre demain matin vu l'heure :) ) . je ne comprends pas pourquoi il a pas voulu le mettre dans ton livre. j'ai presque failli pleurer ....mais quand j'ai compris que c'était des fraises ça m'a donné super faim !!
en tout cas bonne continuation tu as vraiment du talent.
(PS: j'espère que tu nous dévoilera un jour ton identité!)