Prechi-precha

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

« On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue. »

Si j'ai les mots qui me viennent comme aux autres les idées noires, je sais pourquoi. Putain rien que cette phrase-là comment elle claque. Pourtant c'est venu comme ça. D'un coup. Une demi-seconde.

C'est mon père. C'est mon père que j'écoute depuis toujours. C'est mon père qui parle comme un torrent et chante comme un rossignol. Du haut de son estrade. Ce qu'il dit on le croit. Ou on le croit pas. Mais les mots qu'il dit, c'est comme des graines pour les oiseaux. Alors ils viennent tous lui manger dans la main.

« On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue. »

Dimanche matin. Quand y'a la voix de mon père qui se lève comme ça, c'est comme un jour de pluie au milieu du désert. Y'a un frisson qui se balade dans l'église. C'est mieux qu'au cinéma.

Mais faut pas croire, c'est pas toujours comme ça. Nan. Souvent on l'écoute pas le discours de mon père. Avec Crocheton on se parle tout bas, on écoute pas. Les discours de pasteur on les a tous entendus. On écoute que quand c'est les discours de papa. Et c'est rare. Mais hier matin, dans la soutane, je crois bien que c'était lui :

« Mourir.
Cette injustice.
Combien de fois l'avons-nous maudite ?
Combien de fois l'avons-nous maudite cette injustice ?
Combien de fois avons-nous hurlé son nom comme on hurle une insulte, mes amis ?
Combien de fois nous a-t-elle déchirés ?

Nous sommes des lambeaux face à la mort des nôtres.

Aimer ses amis pour finir par les perdre.
Aimer ses parents pour finir par les perdre.
Que pouvons-nous espérer ?
Pourquoi la vie est-elle injuste ?

Une jeune fille est venue me voir. Avec cette crainte. Cette peur. Cette angoisse. Une jeune fille est venue me voir. Que pouvais-je répondre à sa question : pourquoi la vie est-elle injuste  ?
Que pouvais-je lui répondre ?
Quand elle m'a raconté sa peur de perdre les siens. Cette angoisse qui vient avec la nuit. Cette angoisse qui la fait pleurer dans son lit. Que pouvais-je lui répondre ?

J'ai répondu ceci :
J'ai bien connu ça, quand j'étais enfant. J'ai enterré cent fois ma mère dans ma tête. C'était dur. Très dur.
On se force à imaginer le pire. Peut-être pour être prêt le jour venu. Peut-être pour accepter la fatalité. Peut-être.

Tu t'es déjà demandé pourquoi tu étais née ? Je veux dire, tu t'es déjà dit que c'était le grand jeu du hasard et que c'est toi qui as gagné ?
Tu t'es déjà dit qu'il y a plus de chances de gagner au superloto que de gagner la course à la naissance ? Tu t'es déjà demandé "pourquoi moi ?"
Est-ce que tu sais la chance que tu as ?

C'est drôle comme on accepte cette victoire comme une évidence.
On pense : "Je suis né et c'est normal. Mais je ne veux pas mourir."
On est rentré dans la danse et on ne veut pas en sortir. Et on ne veut pas que nos amis en sortent. Que nos parents en sortent.
On veut aller jusqu'au bout. Et au-delà.

Mais veux-tu que je te dise ? : on se trompe. Car on est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue.
Entendez-moi mes amis : on est des victorieux.
Silence. La voix de papa résonne dans l'église et dans les têtes. Le monde s'arrête. Papa reprend : On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue.
Notre trophée, c'est d'ouvrir les yeux chaque matin.
Notre chance on ne nous l'enlèvera pas. On nous l'a déjà donnée.
A nous d'en faire ce que l'on voudra.

Mourir n'est pas une injustice.
Mourir n'est pas une fin. C'est la naissance qui est un début.
»

Ça m'arrive souvent le soir de pleurer dans mon lit. Je l'ai déjà dit.
J'imagine l'enterrement de maman. Ça m'arrache le cœur.
Hier encore c'était le cas.
Mais pour une fois, je sais pas pourquoi, c'était l'enterrement de papa…




 


Publié dans Au jour le jour

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pauline-est-une-crétine 13/03/2008 00:35

Si les prêtres catholiques avaient cette capacité à faire chialer leur auditoire l'Eglise se plaindrait ptetre moins de la chute de fréquentation de leurs salles sombres. La religion aurait-elle une utilité ? L'espoir ou un truc approchant. Là, là, quand même. Cette espèce de vague écumeuse, de ressac dans les tripailles. La recette des yeux (pas si) innocents du narrateur je sais pas... ça dit pas grand chose de plus que "heureux soient les simples d'esprits le royaume des cieux leur appartient" en plus non ? ça engage pas grand chose de plus.chuis ptetre bien faible d'me laisser émotionner par des phrases bien tournées. en même temps, l'auteur n'en à rien à faire de la portée des mots, post-émotion dudit lecteur.et même rien à faire des lecteurs, c'est un journal INTIME, alors va te recoucher cerveau. Mais bravo hein tout de même parce que on ne devrait pas décortiquer un texte émotionnant le jeune romantique."Faites nous quelque chose de joli". point.Merci, sérieusement.

Marie-Lore 19/02/2008 10:24

ça y est!!!!!!!!!!!!! Je l'ai!!!!!!!! Bon, c'est un vrai parcours du combattant d'acheter ton livre... Epuisé à la Fnac, épuisé dans toutes les librairies que je fais depuis Noël!! Parcours initiatique... Et puis hier... Arghhh!!!
Je t'adore toi. Je voudrais t'avoir en face de moi un grand moment pour échanger sur la vie, tu sais! Ce livre est un condencé d'émotion, un vrai livre de vie. "Vis ta vie comme un héros" oh oui!!! Tu sais la vie est belle quand on a des belles images dans la tête. Il suffit parfois d'aller les chercher au fond de son coeur et toi t'en as plein là. Merci à toi, je freine la lecture, sinon, j'y aurais passé la nuit.
Sois fiere de toi. Tu es intègre, bon et juste. Cette nouvelle génération qui arrive, c'est de la bombe!
A un de ces jours... Si je le souhaite fort, ça arrivera surement si c'est juste!
Marie-lore :o)OOO00o

lealinne 16/02/2008 03:03

alors la ...


je crois que je n'en dormirai pas cette nuit


bravo pour ce texte...vraiment...il est magnifique, il est...parfait !

louis 15/02/2008 18:18

On te l'a déjà dit que tu étais bon ? France Inter devrait parler de toi!!!

Syphaiwong 14/02/2008 23:21

Toi aussi tu fais des cauchemars ?