Y'a maman qu'avait les yeux comme des lumières.
Y'a a maman qu'a dit "repartir à zéro".
Papa dit "ça fait combien de temps ?"
Papa dit "ça fait combien de temps qu'elle est partie ?"
Et je sais bien que s'il me balance pas sa main à travers la gueule c'est juste que ça l'énerverait de devoir décrypter ma réponse dans le flot des sanglots. Mais c'est pas l'envie qui lui
manque.
"Ça fait combien de temps ?" et je bredouille encore que ça fait quatre heures papa, ça fait quatre heures je crois. Et papa me demande de tout lui raconter, encore une fois, de tout lui re-raconter, encore. Et attends qu'il dit dans les sonneries du téléphone et il décroche comme on attrape un poisson dans la rivière et gueule allô mais non ils l'ont pas retrouvée et papa dit oui je reste chez moi. Et puis il écrase le combiné sur son socle comme on tue un poisson à coup de galet.
Il me dit de me calmer. C'est lui qui m'dit ça ! Il me dit de me calmer, il me dit de raconter, encore. Je raconte :
Y'a maman qu'avait les yeux comme des lumières.
Y'a a maman qu'a dit "repartir à zéro".
« Repartir à zéro ? Ta mère a dit "repartir à zéro" ?
-Oui papa… elle a dit "tu sais Brad, parfois je voudrais juste repartir à zéro"…
-et les yeux qui brillent… mais les yeux qui brillent comment ?
-comme quand… tu sais… »
Et bien sûr que papa sait.
Il arrive que ma mère s'enferme en elle comme on s'enferme dans sa chambre. Il arrive que ma mère sombre au fond d'elle-même comme on tombe dans un puit. Il arrive que ma mère ait les yeux si
sombres que plus rien ne s'y reflète. Il arrive que ma mère ait l'air plus morte que vivante.
Mais parfois aussi il arrive que ma mère ait les yeux si clairs, si lumineux, qu'on dirait que toute la vie du monde y est enfermée, prête à exploser. Il arrive que ma mère ait les yeux si
brillants que c'est comme si tout était normal.
Et ce matin, maman avait les yeux qui brillent.
Et c'est pour ça que papa a peur.
Ce matin, maman était "normale".
J'ai entendu mon père qui disait "à ce soir". La porte qui se referme derrière lui. Maman qui répond "à ce soir Gilbert".
Je suis entré dans la cuisine. Maman buvait un café. On a partagé un silence. Y'en avait bien assez pour deux. Maman a sorti son nez de la vapeur de sa tasse et puis elle m'a dit dans un sourire
"tu sais quoi Brad ? Y'a des matins comme aujourd'hui où je voudrais repartir à zéro."
Il est presque 19 heures, maman est partie depuis plus de quatre heures. Papa a l'air furieux tellement il a peur pour maman. Tellement il imagine le pire. Qu'elle revienne pas. Y'a rien qui bouge dans la maison. Y'a que papa qu'est comme un insecte énorme.
Et puis soudain, ça sonne à la porte, tout se fige, papa hésite –début ou fin du cauchemar ?… la réponse est derrière la porte- la pendule est arrêtée. Clic clac, quelque part quelqu'un remet le
temps en marche, papa est déjà sur la porte. Il inspire tout l'air de la maison, ferme les yeux ouvre la porte, son cœur s'arrête, il ouvre les yeux : maman est là debout sur le paillasson,
sourire aux lèvres, elle ressemble à une gamine de 8 ans, elle lui tend un bouquet de fleurs en lui demandant d'une voix d'enfant "Gilbert, est-ce que tu veux sortir avec moi ?"
Clic clac, quelque part quelqu'un remet le cœur de mon père en marche.
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Commentaires
content que tu nous revienne
Bravo, et merci, Brad :))
PS : je continue à considérer l'auteur de ce blog comme un adolescent. Par respect.
pauvre Brady.
merci Brad...
Que c'est bon de te retrouver Braddy, ou qui que tu sois, comme aux meilleurs jours...
J'ai eu très peur de perdre l'essence de ce blog, avec toutes ces fanfreluches autour de tes multiples identités. Déçue, parce que c'était tellement loin de la brutale simplicité du style de Braddy...
Alors merci de ce retour. Surtout, plus toucher à rien hein ? ;-)
au temps où ... au temps où on pensait que l'amour était simple, au temps où on ne pensait pas que finalement l'amour s'était un truc compliqué et que cela rendait adulte et que les rêves de petite fille se perdrait ...
le temps où l'amour débute, où l'on est insouciant, où tout parait possible, et que rien n'est impossible ...
ayé, j'ai lancé la polémique..
j'aime bien ta suite
continue!
j'accroche toujours autan a ton syle d'ecriture!
merci d'avoir repris
ce blog
car je l'adorej'aime e lire, c'est une boufée d'air frais dans cette vie!
merci a toi
merci merci
15ans, vraiment?
c'est dingue! quel talent!
je m'en vais immédiatement fermer mon blog (depuis 3j je n'écris que de la daube)
qui a dit? avant aussi?
j'ai lu: "mettez moi dans vos favoris je ferai ce que vous voudrez"
C'est fait!
Je voudrais... Un PowerMac s'il te plait, je te laisse le choix du modèle, je ne suis pas exigeante
Merci pour tes mots
Mais en tout cas, personnellement, j'ai toujours pensé que le nombre de personnes "présentes" sur le blog était truqué, et je trouvais ça plutôt drôle ! :)
La magie est un phénomène qui ne tient à rien, juste au ressenti du moment, à l'atmosphère du lieu...et ma magie à moi est rompue, me sens trahie...un peu! Maintenant que le papillon est sorti de sa chrysalide, réelle ou supposée, le lien qui m'ammene ici est rompu.
Je reste lectrice mais la foi n'y est plus. Dommage, mais la déception est trop grande.
Comme dirait l'autre: trop d'info tue l'info!!!
Dansmn monde idéal à moi, BPD était un ptit con, mais il m'attendrissait...mais le "coming out" fut la crise existentielle de trop...suis pas douée pour le pardon et je supporte pas d'etre décue.
Je reste une lectrice fidèle mais il me manque ce petit truc qui faisait la magie
Tant pis...
Perds pas ton sourire ! Il n'a fait qu'une blague. Le coming out, c'était du pipeau... En réalité, BPD est bel et bien un "petit con attendrissant de quinze ans"... (je le connais bien, moi...)
Continue!!
Biz
J'ai eu énorme sinusite qui me cloue à la maison depuis deux jours, je n'ai rien envie de faire, je tombe sur ton blog, et je lis tout d'une traite!!
Bravo, et bonne chance, vraiment!!
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