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"Franchement, moi qui n'aime pas lire, avec ce bouquin, c'était la première fois que je lisais un livre en entier."
Un blogueur influent




 

Me demandez pas si l’amour ça existe. Nan, pas à moi. Ou faudra que je vous montre une photo. C’est une photo de moi quand j’étais bébé. Avec mon père debout, à poil, sa bite à la hauteur de mon visage. Et ma mère qui pleure toutes les larmes de son corps. Et  ce que fait mon père, à ce moment-là, c’est qu’il hurle. Alors me demandez pas si l’amour ça existe, nan, pas à moi. Parce que cette histoire-là, rien que d'en parler, ça me fait mal. Mon père croit que j’ai oublié, mais j’ai pas oublié. Les bébés se souviennent de tout.

C’est un peu en vrac dans ma tête. Ça commence avec mon père à poil. Totalement à poil. Dans la chambre de mes parents y’a mon père à poil. Voilà, je suis dans les chiottes du lycée et je pense à mon père à poil dans sa chambre. Je vois super bien sa poitrine, ses poils en forme de croix, de crucifix. J’ai toujours cru que c’était comme ça pour tous les papas, c’est con, j’ai toujours cru que les hommes avaient une croix sur le torse, un crucifix en poils. Maintenant je me rends bien compte que non. Je revois super bien, putain je suis là dans les chiottes du lycée et je revois comme si j’y étais mon père, à poil, et là, à la hauteur de mes yeux, les 18 centimètres de chair rose qui pendent le long de sa cuisse.

« 18 centimètres ». Là je prends une grande claque dans la gueule, VLAN, retour au réel :
-18 centimètres, c’est moi qu’a la plus longue.
-Vous êtes graves les mecs.
On est où là ?
Dix-huit centimètres c’est moi qu’a la plus longue vous êtes graves les mecs : ça c’est le dialogue de Benoît. Et de moi. Celui qui dit « 18 centimètres c’est moi qu’a la plus longue », c’est Benoît. Évidemment c’est Benoît. Celui qui dit vous êtes graves les mecs, c’est moi.
Et on est dans les chiottes du lycée. Évidemment.

L’amour. Est-ce que ça existe l’amour ? Bien sûr que ça existe et y’a maman qui hurle aaaaahhhh et j’ouvre les yeux et c’est Benoît la bouche ouverte qui hurle comme une alarme. Mais en fait non, c’est juste Benoît qui dit « c’est marrant », mais je l’entends pas avec la sonnerie de la récré qui me pète les tympans. On est toujours dans les chiottes.
Du lycée. Évidemment.

Je dis pas que c’est pas marrant. Nan. C’est pas ça que je dis. Jouer à celui qu’a la plus longue c’est franchement marrant. Et c’est pas parce que c’est Benoît qu’a la plus longue que je suis dégoûté. Nan. C’est pas ça. C’est juste que franchement, je vois pas l’intérêt. Benoît répond : c’est marrant. C’est ça sa réponse à tout, à Benoît : c’est marrant.
Et je dois avouer : oui c’est marrant. Même si ça sert à rien. De savoir que Benoît peut faire des crottes de 18 centimètres.

Mes parents, tous les vendredis soirs, je les entends baiser, han han, avec ma mère qui pousse des cris à travers le mur : aaaaahhhh. Quand il me dit ça Benoît, je lui dis putain, c’est glauque. Lui il dit « nan, ça va, ça a l’air de lui plaire ».

Quand maman a hurlé, ça faisait au moins 1000 ans que personne l’avait jamais entendu hurler ma mère, aaaaahhhh. On peut y mettre tous les A du monde. On peut y mettre les i et les éé et tout ce qu’on voudra, y’a pas de lettres pour écrire les cris. Surtout pas les cris de ma mère. Pas parce que c’est ma mère. Mais parce que c’est ma.
Maman a poussé son cri, aaaaahhhh. Maman était à poil, papa était à poil. Et moi j’étais dans la chambre. J’étais bébé. J’ai tout vu. Tout le monde croit que j’ai oublié, mais j’ai pas oublié. Alors me demandez pas si l’amour ça existe. Et attendez pas que je me pose la question : est-ce que l’amour ça existe ? nan.

Mon père à poil. On y revient. Parce que c’est là que tout commence. Mon père à poil le jour du cri de ma mère qui s’écrit pas avec des lettres. La bouche de ma mère ouverte en grand sur une photo. Et la photo qui pousse le cri. Mais c’est pas une photo c’est juste ma mère figée avec sa bouche ouverte en grand et toutes les lettres qu’existent pas qui sortent de sa bouche et mon père qui arrive en courant.
Nan, c’est pas ça, il courait pas. Nan. Il déplaçait le monde autour de lui, c’est ça, ouais, c’est comme ça que je m’en souviens, il déplaçait le monde autour de lui pour rapprocher maman et quand il a été sur elle, elle a dit plein de mots qui se chevauchaient, qui se percutaient et je m’en souviens, j’étais dans mon berceau et la lumière rebondissait sur la rambarde de la fenêtre et c’était un mercredi, il était 10h24 au réveil, et je m’en souviens super bien, elle était toute nue. Et les poils entre ses jambes, à ma mère, ils étaient noirs.

Et mon père l’a sautée.

J’ai compris beaucoup plus tard ce qui c’était passé. Ce que ma mère a dit avec des mots qui se bousculent et qui se grimpent les uns sur les autres, c’est qu’un mec était dans le jardin. Qu’un mec était dans le jardin et qu’il avait grimpé par la gouttière jusqu’à la fenêtre, celle de la chambre de mes parents où maman se déshabille. Que le mec est là, derrière le vitrage, en train de mater ma mère à poil alors, ma mère, elle se retourne et voit le mec et elle hurle des lettres qui existent pas qui font comme la sonnerie du lycée.
Aaaaahhhh
Et Benoît qui dit : j’ai pas dit c’est marrant.
J’ai dit : c’est marron !
Et le monde qui tourne sur lui-même sans que personne puisse rien y faire et mon père qui arrive en courant et ma mère qui lui dit tout, et le mec, on le voit au fond du jardin qui court. Il est redescendu le long de la gouttière avec sa braguette ouverte et il a traversé le jardin en courant comme un dingue et déjà il saute par-dessus le grillage.
Et c’est là que mon père l’a sautée, la rambarde de la fenêtre.

J’ai une photo de mon père qui vole. Si si. Il vole un peu comme Superman. Totalement dans les airs. C’est une photo-souvenir. Le souvenir de cet instant précis-là où mon père ferme ses yeux de pasteur, ouvre la fenêtre et puis ouvre ses yeux d’homme et plonge. Depuis le 1er étage, il plonge dans le jardin comme si c’était une piscine. Sauf qu’on a pas de piscine. Et son hurlement, c’est un loup-garou qui hurle. Et son corps qui traverse le jardin c’est juste la colère qui traverse le jardin. Et puis son corps qui bondit au-dessus du grillage, c’est la colère qui jaillit de son corps qui saute au-dessus du grillage et puis qui disparaît.
Et maman qui me prend dans ses bras en me berçant et dis pleure pas. Pleure pas.
Mais c’est elle qui pleure.

Vlan. La claque. L’énorme claque dans la gueule que je me prends quand y’a Benoît qui dit dix-huit centimètres. Là, au milieu des chiottes du lycée mais c’est comme si c’était au milieu de nulle part. Et je rigole parce que c’est vrai, « c’est marron » c’est marrant, mais je reviens de loin et ça personne le sait.

La photo c’est celle d’une femme tellement belle, et elle est assise sur le bord de son lit et dans ses bras y’a son bébé. Et dans la chambre y’a un homme qui entre et sa tête et son corps c’est une collection d’épines de pin plantées dans la peau et de brûlures d’ortie et des ronces qui lui ont balafré la gueule et sa peau c’est surtout de la terre. Et tout ce qu’il a à dire à ma mère c’est est-ce que ça va ? C’est tout ce qu’il a à dire mon père avec ses yeux d’hommes : eskeu sava eskeu sava eskeu sava. C’est tout. C’est tout, c’est tout ce qu’il veut savoir. Y’a rien qu’est plus important que ça, est-ce que maman va bien, eskeu maman va bien ? Eskeu ça va ? Ça va. C’est ça, ma mère, qu’elle répond. Elle répond : ça va. Mais c’est pas une affirmation, non. Elle dit pas ça va, avec ses yeux comme deux gros artichauts, elle dit : ça va ? ça va Gilbert ? et c’est seulement là que papa s’aperçoit qu’il est tout nu. Avec la bite à l’air.

Mais il hurle pas tout de suite.

Il hurlera que quand il sera sûr qu’elle va bien. Et c’est là que je comprends que l’amour existe, à cet instant précis : quand mon père hurle pas, alors qu’il est tout nu, avec son crucifix en poils sur la poitrine tout emmêlé de feuilles et griffé par les ronces, les joues balafrées, et là, à la hauteur de mes yeux de bébé, les 18 centimètres de chair rose qui pendent le long de sa cuisse.
Les dix-huit centimètres de tissus musculaires qui pendouillent de sa cuisse déchiquetée par le grillage.




 


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