La lettre de Papy

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh



Brad,


La guerre est arrivée, je me souviens, un matin de printemps.
La guerre ça faisait un bout de temps qu’on l’attendait. Faut dire qu’on branlait rien de la journée et on se faisait chier comme des malades, alors c’est vrai, quand elle est arrivée, la guerre, on s’est dit cool, demain on va pas se lever pour rien.

C’est de la première guerre que je te parle, mon petit-fils : 14-18.

14-18. Ces quatre années-là, tu trouveras des gens qui les ont vécues, mais très peu de gens qui t’en parleront. Parce qu’on est pas tous très fiers de ce qu’on a fait à cette époque. Pour certain, on a vraiment fait des trucs dégueulasses. Des trucs bien pires que ce que tu peux imaginer. Mais tu veux que je te dise, Brady : je regrette rien. Si les choses étaient à refaire, je referais tout pareil.

On devait faire des choix, faut pas croire que c’était facile. Quand une bombe nous tombait dessus ou qu’on apercevait la bouche d’un canon, planqué en embuscade au coin de la rue, tu crois vraiment qu’on restait là à se faire allumer, comme des cons, la bouche en cœur ? Nan. Parce que je vais te dire Brad, t’as beau être le plus gentil garçon du monde, dans ces cas-là, la seule chose que t’as envie de faire c’est de tirer. Et qui t’as en face de toi, ami ou ennemi, tu t’en fous bien, tu cherches même pas à comprendre, tout ce que tu veux c’est défourailler.
Et quand on avait pas les couilles de faire face, quand on avait tout simplement la trouille (mais qui n’a pas la trouille face à un canon ?), quand on préférait se barrer en courant et qu’on arrivait tout péteux à la maison, le front en sueur avec cette impression d’être un moins-que-rien, un sous-homme, on sortait notre engin et on l’astiquait jusqu’à se voir dedans, et parfois même on allait au fond du jardin et là, contre le mur, comme face au mur du peloton d’exécution, on balançait la purée et ça nous faisait nous sentir des hommes.

14-18. C’était la guerre d’Indépendance. Et chaque jour on livrait bataille, encore et encore. On grappillait du terrain. On employait des stratégies. Et si parfois on a collaboré avec l’ennemi c’était surtout pour pas finir enfermés à double tour dans notre chambre avec papa qui gueulait « tu sors pas ce soir ».
Ouais, ces quatre années-là Brad, de 14 à 18 ans, ç’a été quatre années de lutte, quatre années de doutes et de questions, d’incertitudes, de peurs, quatre années pour grandir. Ma première guerre. Et elle a pris fin le jour de mes dix-huit ans. Ce jour-là, Brad, je me souviens, j’ai eu cette sensation très forte qu’il fallait en finir avec la vie. Que j’étais arrivé au bout, qu’il y avait rien de plus à faire. Ouais j’ai eu cette sensation très forte que cette vie-là devait prendre fin et qu’une nouvelle vie commençait.

Aujourd’hui Brad, c’est toi qui as 18 ans et je sais que pour toi aussi les quatre années écoulées ont été une guerre pour ton Indépendance. Je sais que toi aussi les canons et les bombasses t’en as mis plus dans tes rêves que dans ton lit.
Je le sais parce que j’ai lu ton blog. Désolé.

Ça fait trois ans que je lis tes aventures et que ça me rappelle ma jeunesse. Tous ces points communs qu’on a, toi et moi. Et je sais qu’aujourd’hui t’es un peu triste. Parce que personne, pas un lecteur de ton blog n’est venu te souhaiter un bon anniversaire mais tu veux que je te dise, Brad : n’attend jamais rien d’eux, parce que eux, ils t’ont jamais rien demandé. Si tu crois qu’ils te doivent quelque chose alors tu te trompes sur toute la ligne, excuse-moi de te le dire. Ils te lisent et c’est le plus beau cadeau qu’ils puissent te faire, crois-moi sur parole.

Moi le plus beau cadeau qu’on m’ait fait je le dois à ton père. Ton père c’est quelqu’un de bien même si il dit pas souvent je t’aime. Sans doute parce que j’ai pas su lui montrer l’exemple. Encore hier j’ai fait l’amour à ta grand-mère et elle a hurlé ton nom Brady. Et ça tu vois, c’est le plus beau cadeau que pouvait me faire ton père : t’appeler comme moi.

Je t'aime mon petit.





Ton papy, Brad-Pitt Deuchfalh, le 5 mai 2067.




 


Publié dans Au jour le jour

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Nénia 06/06/2008 18:06

T'as qu'à penser aux nôtres d'anniversaire.
Nan, mais en plus, avec mon Cerveau de fille, je savais que t'avais 18 ans le 1 juin...
Et voilà... J'avais pu internet.
Mais bon, au pire, j' pense que tu t'en fous qu'une fille de passage pense le 1 juin à un "Oh ben c'est l'anniversaire du gars qui me connais pas alors que je lis son blog" xD
Ciao

la p'tite fille d'oki 05/06/2008 12:54

Il est majeur... hou la mierda...
heu... bon aniv !

Phee 05/06/2008 10:41

Bon anniversaire ^^
Et désolée pour le retard...

Chu" 04/06/2008 22:15

http://img175.imageshack.us/my.php?image=bpdng4.jpg

Chooo 04/06/2008 22:11

Eh Brad moi je me suis souvenue de ton anniversaire, mais je pensais qu'une tonne de personne allait te le souahiter :D
Tu ne me crois pas?
Et bien sache que c'est la première chose à laquelle j'ai pensé en me levant.

J'ai même des témoins...

Tu sais pourquoi?

Parce que la veille c'était mon anniversaire à moi.

Et au fait... On m'a offert ton livre.
J'ai pas dormi jusqu'à 1h du mat hier pour le lire.