Le pantalon de Paul

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Publié hors-blog sur Coitus Impromptus Thème imposé : "Le pantalon de Paul"

« Le pantalon de Paul, le pantalon de Paul… » et puis sa voix s’est étouffé, comme s’il avalait de travers mais c’était juste son dernier souffle. Sa poitrine a cessé de bouger sous sa chemise.

Ma vie entière, je la passerai à me demander ce qu’il essayait de me dire. Le pantalon de Paul. C’était il y a dix ans. J’ai cherché partout. Pas de Paul dans ses amis, pas de Paul dans sa famille… aucun Paul nulle part.

Et puis un jour c’est sa femme que j’ai veillé sur son lit de mort et cette femme était ma mère. C’était il y a huit ans. Son souffle était tellement court qu’il ne sortait même pas de sa bouche. Dehors c’était déjà trop loin. Mourir c’est s’enfermer au-dedans de soi pour toujours. Les derniers mots qui sont venus ramper sur ses lèvres sèches, je les entends encore : « le pantalon de Paul… le pantalon de Paul… » et puis plus rien. Maman est devenue une pierre.

J’ai longuement pleuré sur son cercueil avant que mon frère ne m’en arrache. J’ai pleuré tout le long du cortège funèbre en flageolant sur mes jambes redevenues celles d’un nouveau-né, d’un fragile. J’ai suffoqué mes sanglots quand ils l’ont descendue dans la terre et je suis tombé à leurs pieds en les suppliant de ne pas faire ça et mon frère a arraché mes ongles de la terre en disant allons, arrête, arrête et il avait cette voix qui pleure.

Ils ont jeté la terre sur la caisse en bois et j’hurlais de douleur. Ils ont serré mes mains en disant regrets et en disant soutien mais rien, y’avait rien que de la pierre dans mon cœur et de l’eau dans mes yeux. Et puis j’étais seul. La pierre tombale. Mes ongles dans le gravier. Mes genoux sur le sol. Maman dans la terre. Et une ombre qui avance vers moi. Deux chaussures sont apparues devant mes mains. J’ai relevé la tête sur les jambes nues qui émergeaient de ces souliers.

Et j’ai entendu cette voix qui m’a dit « Bonjour, je suis Paul… »

J’ai relevé la tête… et en souriant je me suis dit « comment avais-je pu l’oublier ? »

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Sushi 24/08/2006 16:46

rrr je pleure
Et en même temps c'est tellement ... tellement ... tellement bon !