Géraldine

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Le collège est pas loin de la maison. Il fait beau. C’est les vacances, le collège est vide. Crocheton a dit « on a qu’à aller sur le toit du collège ».

Ça faisait déjà longtemps qu’on avait remarqué qu’on pouvait entrer dans le collège par derrière en escaladant le grillage. A cet endroit là, personne peut nous voir. Le toit qu’on veut escalader depuis longtemps c’est celui du bâtiment le plus bas. C’est le bâtiment des CPPN.
Vous voyez ce que c’est les CPPN ? Au collège, c’est ceux qui sont plus vieux que les autres. Et qui bavent. Ou qui s’amusent à te tordre le bras dans le dos quand ils te chopent dans un couloir jusqu’à ce que tu dises oui oui je suis une lopette.

Le bâtiment des cppn il est pas très haut et il est un peu à l’écart. C’est exactement ce qu’il nous faut. En plus, y’a un local électrique sur lequel on peut grimper en se faisant la courte et de là on peut prendre appui sur la gouttière et monter sur un premier rebord. Et enfin en sautant un peu on attrape le bord du toit et on se hisse au sommet.

Ce qui est bien avec ce bâtiment, c’est que le long du mur, en bas, je sais pas pourquoi, y’a un énorme tas de sable. Une sorte de montagne jaune de trois mètres de haut. Et depuis le début, notre but c’est de sauter du toit pour toucher le ciel et atterrir dans le sable.

D’un seul coup, Crocheton a dit « baissez-vous ». Et on a entendu le moteur d’une voiture. Croch’ a dit « c’est le gardien ».
Le gardien du CES c’est monsieur Giguet. Un gars tout maigre et un peu rouge avec souvent un râteau à la main. Il a deux enfants le père Giguet. Une fille qui était dans la classe de Postiche et un garçon qui a mon âge. Lui il est un peu con. Et elle, elle est un peu conne. Et surtout (à ce qui paraît) elle a pas froid aux yeux. La salope du collège. C’est pas moi qui l’appelait comme ça : c’est tout le monde.

Alors on reste comme ça un peu à attendre que les Giguet soient rentrés chez eux. Pis finalement on s’assied dans les gravillons et puis on s’allonge. Et puis on reste comme ça une bonne demi-heure.

Au bout d’un moment, tout est bien calme et Croch’ se relève et s’apprête à sauter du haut du toit dans l’énorme tas de sable qui est trois mètres plus bas. Il hésite 10 secondes, puis se jette comme s’il voulait attraper les nuages. Trois mètres plus bas, ses jambes s’enfoncent dans le sable. On rit tous les trois sans trop savoir pourquoi. J’ai l’estomac noué.
Croch’ nous dit « allez-y, je surveille si quelqu’un arrive » mais on l’entend pas trop parce qu’il parle pas très fort. Postiche se jette à son tour. Un peu plus il touchait le ciel.

« Bon alors, kestufous Brad ? »

Putain, j’ai les boules. Je vais pas y arriver.
« Je vais redescendre par la gouttière, je leur dis.
_ Mais nan, saute ! Sois pas con ! »
C’est clair que ce serait plus rapide de sauter, je vais en chier pour redescendre par le toit du local électrique.

Croch’ et Postiche commencent à en avoir marre, ils me disent « Brad, on se rejoint là dans dix minutes on va voir là-bas ce que c’est ». Ouais ouais allez-y, je leur réponds.

Je suis vraiment qu’une petite merde. Trouillard !

Ça m’énerve. Je dois juste sauter de trois mètres de haut dans un tas de sable énorme et je suis à deux doigts de chier dans mon froc. Et même là, agrippé à la gouttière, un pied dans le vide qui cherche à tâtons le toit du local électrique, j’ai encore l’air d’une lopette.
Est-ce que je serai comme ça toute ma vie ?
J’ai l’impression d’être une serpillière.

J’arrive enfin en bas. J’attends dix minutes. Crocheton et Postiche m’ont laissé depuis une bonne demi-heure. Je me lance à leur recherche en espérant pas croiser monsieur Giguet.
Au bout d’un quart d’heure, je tombe sur Croch’ qui me dit de rester là, que Postiche va arriver. Puis je vois Postiche qui sort la tête d’une sorte de cave où il a l’air de faire vraiment sombre. Crocheton le rejoint puis disparaît à son tour dans le noir et Postiche sort. Et il court vers moi.

Vingt minutes s’écoulent et j’ai beau demander à Postiche ce qu’ils foutent dans cette cave et pourquoi est-ce que Croch’ est là-dedans, y’a rien à faire : la seule réponse que j’ai c’est « rien rien t’inquiète pas »

Et pis soudain, je vois le fils Giguet qui sort de la cave. Le fils du gardien. Son tee-shirt est trempé, une énorme tache qui va de son col à son nombril. Il regarde vers nous et il hurle en rigolant comme un fou « elle m’a pissé dessus cette conne ». Au même moment, sa sœur, la fille du gardien, la salope du collège, Géraldine Giguet, sort de l’ombre en disant « chut, papa va t’entendre, reviens, je te ferai ce que tu veux ». Une seconde après, on entend le chien du père Giguet qui aboie. On voit Crocheton qui sort de la cave en courant. Arrivé à notre hauteur il dit « on trace, on trace ».

Je les ai questionnés. Je leur ai demandé ce qui se passait dans cette cave. Ils ont répondu « riiiiien ».

Rien. Ouais. Mon cul.

Est-ce qu’ils auraient pu me faire ça : me coincer sur le toit pour être tranquilles, pour aller toucher les seins de Géraldine, pour mettre leurs mains dans sa culotte ? Est-ce que c’est possible ?

Ils parlent que de ça en ce moment tous les deux, de mettre leurs mains dans la culotte des filles.

Est-ce qu’ils savaient que je sauterais pas ?
Est-ce qu’ils ont dit « c’est une lopette, tu verras, il sautera pas » ?

Ce qui me tue c’est que je saurai jamais : ce qu’ils voulaient vraiment, c’était monter sur le toit ou c’était descendre à la cave ?
Est-ce que quand on grandit on s’en fout de toucher le ciel, est-ce qu’on veut juste toucher les filles ?

Moi j’ai même pas sauté du haut du toit. Et même si j’avais pu je serais sûrement pas aller dans la cave, j’aurais eu trop peur dans le noir. Je suis vraiment une lopette.




Publié dans Au jour le jour

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. 11/07/2007 02:48

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nik 29/06/2007 02:01

Nice

Jérome 06/09/2006 16:58

Je veux réagir au message de Géraldine. Tu te la joue un peu,géraldine, non? Mais toi aussi vers 15-16 ans ton niveau intellectuel etais bien bas. Arrète de te la péter vieille conne!!

Gaëlle 01/09/2006 12:29

Bonjour Brad, je découvre récemment ce qu'est un blog en farfouillant sur internet. Et je te remercie ! Aprés lecture de quelques unes de tes histoires, j'ai repris espoir dans les nouvelles générations ! Suite à mes découvertes, j'étais quelque peu effondrée devant le niveau intellectuel et le niveau de français de beaucoup de jeunes de 15-16 ans. Eh ben tu me redonnes envi de faire des gosses !

Jérome 28/08/2006 22:32

Incroyable je tape "le ridicule ne tue pas" pour chercher une musique sur google. Toute première réponse: TON BLOG!!
Y a un monde fou qui vient lire tes histoires.! C'est vrai qu'en lisant c'est super passionnant et tu as beaucoup de talent pour ton age. A quand ton premier roman sur ta vie??! Continue comme ca fait toi plaisir sans te prendre la tete.