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"Franchement, moi qui n'aime pas lire, avec ce bouquin, c'était la première fois que je lisais un livre en entier."
Un blogueur influent




 
Lundi 6 juin 2005

Il était 19 heures quand papa a balancé son poing en plein dans le visage de Crocheton et quand Crocheton a valdingué contre le mur, ses pieds se dérobant sous lui, son cul s'écrasant sourdement contre le carrelage. Parfois Crocheton a dans les yeux cette expression que je ne connais que chez ma mère quand elle ressemble à une enfant. Parfois la vie semble vraiment beaucoup trop dure, seulement voilà il était 19 heures.

Quand papa est rentré de la communauté yavish, ce soir, il a passé la porte et maman était très embêtée lorsqu'elle lui a tendu cette feuille qui instantanément lui a fait changé de regard à mon père. Aussitôt il a hurlé le nom de Crocheton qui était dans notre chambre. Il a posé son manteau. En me penchant sur la table basse j'ai vu s'immobiliser la feuille que maman lui avait tendue et qu'il venait de jeter sur le meuble à coté de moi, c'était une facture de téléphone.
Crocheton est arrivé, tout péteux, parce que nous savons tous que quand papa gueule comme ça, ça va mal finir. Maman a dit "Gilbert" dans un souffle. Mais papa n'a pas écouté. Il a attrapé Crocheton par l'oreille comme si ce qu'il voulait c'était lui coller le lobe au plafond et il l'a emmené comme ça jusqu'au milieu de la pièce et Crocheton disait "Aîîîeee". Je sais ce que ça fait quand on te fait ça. T'entends un petit craquement juste derrière ton oreille, à l'intérieur de ta tête, et après t'as l'impression que ton oreille peut se déchirer à tout moment.

La tête de mon père s'est approché de celle de mon frère. Comme dans les films, quand le petit enfant rencontre l'ogre, et que la tête de l'ogre apparaît en gros plan dans la télé.
-Crocheton, 08 69 69 69 69, c'est quoi ??!!
Ma mère a encore soufflé "Gilbert…"

Je crois que dans ces cas-là, maman elle hésite entre deux choses qui lui apparaissent comme deux évidences :
-Tu as fait une bêtise, tu dois morfler.
-C'est mon fils, ne lui fais pas de mal.
Elle ne sait pas choisir, alors elle souffle "Gilbert…"
-CROCHETON, 08 69 69 69 69, C'EST QUOI ??!!, a encore hurlé mon père. Et Crocheton a répondu "je sais pas". Quand mon frère pleure, c'est comme si on me cognait la tête contre un mur en parpaing. Et mon père a balancé mon frangin contre le canapé, il est tombé entre mes jambes, et son oreille était rouge, mais rouge… j'ai cru que c'était du sang. Papa était tellement en colère qu'on aurait pas été étonné de voir sortir de la vapeur par les trous de son nez, comme un bœuf. Papa a attrapé le téléphone, et tout en tapant le numéro, il lisait sur la facture :
-Le 6 mai, 3minutes12 : 5euros15. Le 7 mai, 4minutes08 : 6euros24. Le 9 mai, 3minutes55 : 5euros57…
Il s'est arrêté lorsque le bip bip dans l'interphone du téléphone a cessé et que dans la salle à manger a retenti une voix d'hôtesse de l'air mielleuse qui disait "Salut mon chou, t'as envie d'entendre de vraies chiennes te raconter leurs fantasmes alors tape sur la touche étoile…"
Papa a balancé le combiné vers Crocheton en hurlant des tas d'insultes "petit connard, sac à merde, petit enculé plein de foutre" et encore plein d'autres trucs et il a attrapé Crocheton par la nuque et lui a plaqué le visage contre le téléphone, et lui a frotté le nez contre le cadran du téléphone comme on frotte la truffe d'un chien dans son caca pour qu'il comprenne qu'il ne faut pas recommencer. Ecoute sangloter ton frère, l'ami, et reviens me voir ensuite.

D'un geste -toujours en le saisissant par la nuque- mon père a redressé Crocheton sur ses deux pieds. Il l'a saisi par les deux épaules pour le mettre bien face à lui et tout ce qui s'est passé à partir de ce moment restera gravé en moi jusqu'à la fin de mes jours comme une scène au ralenti :
Les grosses mains de papa sur les épaules de Crocheton.
Mon frère qui tourne sur lui-même malgré lui.
Mon père qui le regarde dans les yeux comme s'il allait le tuer.
La main de mon père qui se lève si haut au bout de son bras qu'on dirait qu'elle va toucher le plafond.
Cette main qui descend tellement vite qu'au moment ou elle s'encastre dans la joue de mon frère le bruit couvre la voix de ma mère qui soudainement hurle "GILBERT !"

Comment peut-on regarder son frère se faire démonter la gueule sans broncher ?
Mes doigts s'enfonçaient dans le canapé.
Le corps de Crocheton s'est écrasé comme un gros sac sous la table au milieu des pieds de chaises. Il ne bougeait plus. Je crois que ça a fait peur à papa. Sa main lui faisait mal. Maman est allé sous la table pour relever mon frère. Mon père a gueulé qu'il fallait surtout pas qu'il recommence ses conneries avec le téléphone ou que ça allait vraiment mal se terminer. Maman, Crocheton et moi, on est allé dans la chambre et Maman tamponnait le visage de Crocheton avec un gant de toilette humide. L'alliance de papa lui avait ouvert l'arcade. Maman est allée passer le gant sous le robinet dans la salle de bain. Je repensais à Crocheton qui m'avait vraiment énervé hier à me traiter de "puceau de la langue". On entendait l'eau qui coulait du robinet dans la salle de bain. On n'entendait pas l'eau qui coulait des yeux de maman.
Crocheton a sangloté "Brady, arrête de jouer avec le téléphone steuplé…"
J'ai rien trouvé de mieux à dire : "Merci, Croch'."




par Brad-Pitt publié dans : Au jour le jour
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Commentaires

difficile de déméler le vrai du faux, s'il y a un vrai ou un faux, dans cet article .

Mais une chose est sure, petit tu as un talent pour écrire, pour 15 ans c'est vraiment pas mal ! séquences plus tes descriptions tu gagneras en réalisme, ce sera plus compréhensible.

Ton article sphincter m'a fait penser à Titeuf, mets des .gif pour égailler ta page qui reste trop blanche et donc un peu trop cadavérique... DOMMAGE
car tu écris bien... Sans dec...
Raccourci tes articles, tu gagneras en nervosité, ce sera, je pense, bcp plus drôle, incisisif.

regarde mon site politicus please,et admire melissa de LCI! Rassures-toi, t'auras aucun pb avec ton père elle est toute habilléé, mais pas mal tout de même, non?

 

Merci pour les compliments et pour les conseils. Je vais essayer de trouver la forme qui correspond au fond. Tu avais raison Melissa est plutôt jolie (mais elle a au moins 22ans : elle est un peu vieille pour moi.)

commentaire n° : 1 posté par : Gandon françois albert (site web) le: 13/06/2005 16:21:01

Tu arrives à mettre de la nervosité dans ce que tu écrit à travers les mots on sent la tension et la violence...

...

commentaire n° : 2 posté par : locy (site web) le: 20/06/2005 11:18:20

Quelle horreur, quel régal que ce "coup de théâtre" en dernière ligne... ;-)

Je transmettrais ton message à Crocheton, Henri-Edouard (??), mais je doute que cela suffise à faire de ce souvenir un "régal"... Cela dit, merci.

commentaire n° : 3 posté par : Henri-Edouard le: 21/06/2005 15:11:16
Si l'art du téléphone t'es encore étrangé,celui d'écrire n'a plus aucun secret pour toi: bravo!!!
commentaire n° : 4 posté par : sandy le: 09/08/2005 15:38:21
Sincérement je ne crois pas que ton père ait choisi la meilleure solution. Il était en colère, soit, c'est normal, ça coute cher ces conneries mais c'est pas une raison pour agir de cette façon. Il a un problème. Je vous plains d'avoir un tel père
Je t'embrasse et t'inquiète, un jour tu partiras.......
commentaire n° : 5 posté par : cleomede (site web) le: 11/10/2005 17:00:47
j'ai jamais vu de choses aussi emouvante et si bien raconté, trop fort, c'est vraiment impressionnant,je suis tout retourné, moi aussi j'ecris et j'arrive pas a ta cheville...chapeau bas.
commentaire n° : 6 posté par : Stephane alias Dinoland (site web) le: 21/11/2005 20:42:10
Salut BradPot,

Euh, c'est peu-être un peu tard pour répondre sur cet évènement mais bon...je suis en train de parcourir ton blog sur lequel je suis tombée par hasard (c'est samedi soir, il pleut et j'ai voulu me rincer l'oeil sur BrAd Pitt l'autre) BRRRRRef. Tout ça pour dire, soit ce que tu racontes est pure fiction : t'as pas 15 ans et t'es un écrivain reconnu qui s'amuse. Parce que rayon écriture, pardon t'es loin d'être manchot. Je sais de quoi je parle, j'ai bossé dans l'édition et j'ai assez avalé de manuscrits indigestes en rêvant de tomber sur un talent comme le tien.
Soit c'est vrai et alors ça n'enlève rien à ton talent mais pas mal de légèreté à ta vie. ton père est un méchant malade et tu devrai composer le 115 pour le signaler comme pasteur de mes 2, hypocrite, tyran domestique, lâche et violent avec cruauté mentale. j'appellerai Gilbert, le prochain scorpion que j'écrapoutirai sous ma sandale. Enfin, en tant que survivante d'un foyer similaire, je te dirai : ta majorité n'est pas loin, tu as un sacré talent et la vie peut être extra quand on en a fini avec tout ça. Bon si tu veux causer ou que je te corrige les fautes de style (now, je suis formatrice en français face à pas mal de fils de Gilbert et autres Crochetons) tu peux m'écrire à cette adresse.

Bon courage et encore bravo, je vais poursuivre ma lecture.

Dominique
commentaire n° : 7 posté par : dominique le: 28/01/2006 20:44:11
cé énorme çiçé vrai,,,,,
j'dix comme Dominique ! Paf !
commentaire n° : 8 posté par : copi faust le: 01/03/2006 02:13:15
Je suis aussi tombé sur ton site par hasard, et je trouve la façon dont tu ecris passionnante, tu devrais proposer ça à un éditeur sous forme de nouvelles il est certain que ça marchera! c digne d'un John Fante
à la fois drôle, sarcastique et émouvant, j'attends avec impatience d'autres recits de tes péripeties....
commentaire n° : 9 posté par : laure le: 05/04/2006 12:20:04
Excellent !
Moi non plus je n'arrive pas à croire que tu n'aies qu 15 ans, tant tes textes sont bien écrits.
Continue a nous ravir.
Merci
commentaire n° : 10 posté par : Doudou Janis (site web) le: 12/05/2006 18:19:02
Tant de si jolis commentaires..difficile de passer derriere..
Ne voudrais-tu pas écrire un roman, je serai ta première lectrice...
Merci à toi pour ce synopsis...
commentaire n° : 11 posté par : Maëlle le: 29/05/2006 15:26:15
.
commentaire n° : 12 posté par : . (site web) le: 11/07/2007 03:01:35
C'est du très bien construit. Un cas d'école à étudier en cours de littérature.

Je compatis à la gravité de cette situation familiale mais d'un autre côté j'hésite. D'une part, si je doute de la sincérité d'un jeune qui raconte sa vie, je lui inflige un déni de sa souffrance, d'autre part je n'ai pas envie de jouer les gogos naïfs qui gobent des histoires parce qu'elles sont belles. Aussi, je ne m'exprime que sur la qualité de construction du texte.

Le premier paragraphe prépare le lecteur en lui présentant rapidement un geste de violence, banalisé par un vocabulaire d'adolescent ("valdinguer"). On prépare aussi l'attitude de la maman en grande soeur impuissante et aimante.

Ensuite nous avons la dualité du pasteur, homme de moralité et de dialogue, qui se révèle être un père grossier, brutal et incapable de communiquer avec sa famille. Face à lui trois enfants désemparés se serrent les coudes pour survivre.

La peur, la brutalité et la souffrance sont décrites progressivement avec de plus en plus de détails, jusqu'au coup final, orgasmique, hitchcockien.

L'histoire en elle même met en opposition la brutalité d'un père et la solidarité de deux frères, où l'un accepte sans faillir d'endosser la leçon douloureuse et déplacée à la place de son petit frère (qu'il protège en quelque sorte, malgré leurs tiraillements). C'est efficace, avec une chute finale bien préparée, comme dans un film palpitant.

Ajoutons des images géniales comme le parallèle entre l'eau du robinet et les larmes de la mère, l'alliance (symbole de l'amour des parents) qui a créé la blessure sur l'enfant, tout est succulent.

Encore !
commentaire n° : 13 posté par : Jeanot le: 25/09/2007 16:49:02
C'est super bien écris. Je sais on te l'a déjà dis. Mais je peux tout imaginer. Comme si j'étais là moi aussi, à regarder attérée ton frère se faire démolir.
Il a l'air super ton frère. Il a été génial de te couvrir...
Par contre, je n'admirerais pas ton père, désolée...
Continues d'écrire avec ce style qui te va si bien, je dois mettre un point maintenant si je veux avoir le temps de lire le reste...
commentaire n° : 14 posté par : Phee le: 13/12/2007 18:49:06

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