Visite guidée.

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Parfois on ne se pose pas la bonne question.
« Premier juillet deux-mille-cinq… Premier juillet deux-mille-cinq …»
Si vous pouviez me voir, c’est sûr, vous vous demanderiez ce que je fous là à me répéter bêtement la date d’aujourd’hui, assis comme un con dans mon mètre carré de chiotte avec les fesses collées sur la lunette des toilettes en mousse. Fallait être tordu pour inventer un truc pareil. Quand je la regarde la lunette des toilettes ça me fait penser au truc à poipoils que certains gars mettent sur le volant de leur bagnole. Ça ne vous dit pas pourquoi je répète à voix basse premier juillet deux-mille-cinq, comme une prière. Mais ça va venir. Théoriquement, n’étant pas là pour voir la scène, vous allez juste vous l’imaginer et –théoriquement donc- c’est au sortir du prochain paragraphe que vous allez vous dire « mais qu’est-ce qu’il fout dans les chiottes à se répéter bêtement la date d’aujourd’hui ? » Alors passons à la suite. Si vous voulez bien me suivre.

C’est ici que ça se passe. Dans cette cabine. Le papier peint à grosses fleurs est sans doute d’époque. Je n’ai jamais connu que lui. L’éclairage a toujours été ainsi. Insuffisant. La lunette rose bonbon en plastique mou enferme une mousse bon marché. D’ailleurs est-ce vraiment du plastique ? Un genre de plastique disons. J’ai du mal à comprendre que maman n’ait pas cherché à l’assortir au cendrier. Il a du être beau à une époque ce cendrier sur pied, orange et blanc. Dans les années soixante-dix. C’est drôle ces couleurs qu’il a, un blanc qui ne l’est plus, jauni par la fumée, par le tabac. Un orange qui me fait penser aux doigts de papa. Là où son majeur et son index se rejoignent pour enserrer sa gauloise sans filtre. Couleur brou de noix. C’est l’odeur de cette cigarette-là que vous pourriez sentir si vous étiez là avec moi. Mais vous êtes chez vous et je suis seul. A me répéter la date d’aujourd’hui. Question.
« Premier juillet deux-mille-cinq… Premier juillet deux-mille-cinq …»

En ouvrant la porte des toilettes, j’ai tout de suite su que c’était papa qui en sortait. L’odeur de son corps. La chaleur. Et je sais que maman a du passer très vite après lui, juste avant moi. Mais elle n’est pas resté longtemps. Mon père, si. L’air semble plus lourd que dans le reste de la maison, ça c’est l’absence d’aération et la cigarette de papa. Je passe sur certains détails et ne précise qu’une chose : personne n’a pschitté de truc senteurs marines depuis longtemps. L’odeur métallique c’est maman qui a ses règles. L’eau dans la cuvette est encore un peu rouge.
« Premier juillet deux-mille-cinq… Premier juillet deux-mille-cinq …»

Je me répète la date du jour en pensant à des choses qui se sont passées aujourd’hui et que je voudrais ne pas oublier. Processus d’association : un jour je me demanderai ce qui s’est passé le premier juillet deux-mille-cinq et BLING tout me reviendra en pleine poire comme un boomerang. Peut-être. J’espère. J’aimerais m’en souvenir toute ma vie de ces choses-là.

Question ?




Publié dans Au jour le jour

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. 11/07/2007 03:07

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Big 14/12/2005 14:40

Allez je jette là mon premier commentaire puisque c'est grâce au lien sur le site de Prun' que je suis en train de me lire tout le blog depuis le début. J'aime bien : c'est frais.

Prunelle verte 06/07/2005 09:58

Réponse ?
Réponse : oui prunelle, tu es la bienvenue... et oui, il faut que les gens aillent faire un saut sur ton blog parce que je te trouve bien sympatique :-)
http://www.u-blog.net/prunelleverte

Stef 05/07/2005 12:16

Question : Qu'est-ce qui s'est passé de si important aujourd'hui pour que tu veuilles t'en rappeler toute ta vie ?
Il arrive également que, parfois, on pose la bonne question...

legnoch 03/07/2005 11:06

bin on peut dire que c'est la vie dans ce qu'elle a de plus réaliste hein..ceci dit moi, je combats la mémoire. Je n'arrive pas à comprendre quel espèce d'intérêt cela peut avoir de se souvenir d'un passé révolu.Bon évidemment j'exagère un peu, mais l'idée est là.De toute façon on ne peut pas s'empêcher de se rappeler certains trucs... mais je ne force rien !
En résumé... tu ne fais rien... C'est une démarche active...