Con. Descendance.

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Dire à haute voix : « Le quatorze juillet. »

Essayer encore : « Le quatorze juillet. »

L’attitude à adopter en prononçant ces trois mots s’appelle, je crois -mais l’erreur est permise- la condescendance. Oui je crois que c’est ça la condescendance. Comme quand on reçoit un coup de fil et que quelqu’un à l’autre bout nous apprend que la tante Lucette, vous savez, celle qui a un gros grain de beauté sous la lèvre avec des grands poils dessus, tata-qui-pique comme on l’appelle, que la tante Lucette donc, nous apprend ce coup de fil, est morte. Ce matin. Et que reviennent en mémoire toutes les occasions que tata Kipik avait su trouvées au cours de sa vie -et de la notre- de nous montrer à quel point elle était bête. D’une bêtise sans nom. Mille milliards d’occasions elle avait trouvées Lucette, mille milliards de situations toutes plus insolites et saugrenues qui nous reviennent en mémoire à la simple évocation de son nom : Lucette. Jusque dans la mort, elle aura été bête à bouffer du foin cette pauvre Lucette : elle s’est étouffée au petit déjeuner en avalant tout rond une saucisse de Strasbourg. Navrant. C’est à ce moment précis que s’expulsent en un souffle les mots trop longtemps retenus « cette pauvre conne de Lucette… » Condescendance.

Hé bien, c’est avec cette même condescendance qu’il faut dire « le quatorze juillet »… et même, il ne faut pas trop hésiter à hacher le tout en découpant bien les syllabes : leu-ca-torz-jui-yé.
En tout cas, moi, c’est comme ça que je le dis.

Le quatorze juillet, tous les ans la même rengaine. Le même défilé de virilités sur les chiants-elysées devant le chef de Gaule droit dans son pantalon, balai dans le cul. Toujours la même patrouille de France bleu-blanc-rouge qui crache sa fumée tricolore. Z’ont vraiment rien d’autre à foutre avec leurs zingues ? Et mon père vissé devant l’écran comme chaque année à mater le troupeau des bidasses idiots, à nous dire hé regarde c’est la légion étrangère, hé regarde c’est le troisième régiment d’infanterie, et on dirait un gosse. Condescendance : le quatorze juillet.

Et puis le bal. Le bal du quatorze juillet. J’y vais pas, j’ai pas le droit. Mais je le vois. C’est à cent mètres de la maison. Les Pauline robe en jean et les Jacky santiags qui se charlestonnent d’un autre temps et se valsent musette enivrés. Cannettes de bière, rosé d’Anjou.
Condescendance.

Et puis le feu d’artifice, et là, gare à bien insister sur le LE : « LE feu d’artifice du quatorze juillet », une version francisée de « THE fire of artfeace ». Condescendance toujours. Rappelez-vous Lucette. Arf, cette pauvre conne de Lucette. LE feu d’artifice du quatorze juillet. Oh la belle rouge, oh la belle bleue, comme chaque année. Est-ce que les vies sont toutes ainsi ponctuées de feu d’artifice du quatorze juillet ? Ou seulement la mienne ?

Mais c’est bô l’feu d’artifice, qu’ils disent pour mieux me mettre à part et rester entre bovins.
Certes c’est beau. Mais c’est idiot. Et les cons qui se plantent la gueule dans le ciel noir sont tout aussi idiots. Rien de nouveau dans la nuit. Toujours les mêmes fusées qui claquent et rouges et bleues et les mêmes cons qui zyeutent leur rien-d’autre-à-foutre-de-leur-vie sur la toile noire du ciel. Allez au cinoche bande de veaux !

Les petits pétards montés sur une tige toute fine d’une vingtaine de centimètres, vous savez comment ça marche ? Tu plantes la tige dans la terre et, à l’autre bout, vers le ciel, y’a le pétard. Tu allumes, huit secondes et fiioooouuuu la fusée s’envole, et éclate vingt mètres au-dessus. Bien entendu, Crocheton vous dira le contraire mais croyez-moi sur parole : c’est moi qui ai eu l’idée. Crocheton vous dira le contraire. C’est moi qui ai eu l’idée de prendre des tubes de deux centimètres de diamètre pour en faire des armes. Tu bouches une extrémité. Par l’autre, tu glisses ta fusée allumée (le pétard vers la sortie évidemment) tu vises ce que tu veux et tu attends huit secondes, fiioooouuuu … C’est génial ! Qu’est-ce qu’on rigole avec Crocheton à balancer les fusées par les fenêtres de cuisines ouvertes des voisins et à écouter l’écho de l’explosion pendant leur petit repas familial et le père qui sort en courant dans la rue le poing en l’air mais on est loin. Et on rit, on rit. On fait pas de mal, je le jure. On s’amuse c’est tout. On fait pas de mal. On rit. On rit.

Et le quatorze juillet, des fusées comme ça, tu peux en acheter quasiment partout.
Cette année Crocheton n’a pas voulu jouer. Alors je me retrouve à dire : « le quatorze juillet », comme ça : le quatorze juillet. Tristement presque. Pourtant moi j’avais pas envie de le dire comme ça, mais Crocheton veut plus jouer, j’avais pas envie de prononcer ces trois mots avec cette attitude qui s’appelle, je crois –mais l’erreur est permise- la nostalgie.
Oui, c’est ça, je crois : la nostalgie.
« Le quatorze juillet. »




Publié dans Au jour le jour

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petite fille 26/03/2008 07:52

Ahah. Bonne journée.




... je m'appelle Lucie.

kelu 11/03/2006 00:29

ca fait plusieurs fois que je passe sur ce blog que j'admire en me demandant si c'est Amelie.N(Ton premier roman est super),une autre personne(BDP est super,ou BDP(tu es super!)

Voila seulement...Après y avoir cru quelques articles...Après m'etre posé des questions en finissant de lire le blog(d'une traite d'ailleurs quand c'est bon je m'arrete pas!) j'ai commencé a me poser quelques questions...Le fait que tu joue avec le doute sur Amélie.N et BDP(alors que tu pourrais très bien etre quelqu'un d'autre),le fait que je trouve enfin quelqu'un d'autre qui est comme moi,le fait qu'a 15 ans tu sois déja si concerné par des problèmes comme ceux que tu as dans une famille qui semble pourtant etre plus ou moins retirée de toutes les contraintes de cette société...Tout ça me fait douter...

Et aujourd'hui je débarque sur cet article que j'avais déja lu tout en me demandant si tu était Amélie...
Le 14 juillet...Le 14 juillet...La fete nationale française le 14 juillet non??Amélie est pas belge??(Pitain c'est bidon comme chute!!)

loic 06/10/2005 15:55


[...]

Mais c’est bô l’web, qu’ils disent pour mieux me mettre à part et rester entre bovins.
Certes c’est beau. Mais c’est idiot. Et les cons qui se plantent la gueule devant leur écran sont tout aussi idiots. Rien de nouveau sur les blogs. Toujours les mêmes premières lettres qui claquent, noires et grasses, et les mêmes cons qui zyeutent leur rien-d’autre-à-foutre-de-leur-vie sur la toile du web. Allez regarder le ciel bande de veaux !


Aller … chu content d’être un veau et de pouvoir bouffer du blog de BPD

le ptit loic

R... 03/09/2005 06:11

J'ai l'impression que pr cet article, t'étais assez fâché, surtout au début; et aussi que tes réponses aux commentaires ont tendance à se rapprocher des réponses des skyblogs. Juste une impression?

Sinon, j'apprécie toujours ma lecture ^^

Mimi 24/07/2005 13:45

ol, je me suis laissée emportée :p J'y peux pas grand chose si tu m'inspire. Mais j'ai pas non plus voulu te repiquer tes themes.
Enfin, bref, merci de m'avoir lue, ici, et là bas. Ca encourage :)
Ecris Mimi, ecris tant que tu peux, ici ou ailleurs. Et repique mes themes et tous les themes que tu veux. L'important c'est de faire les choses bien. Ou en tout cas avec l'envie de les faire bien.
Et merci à toi de me lire. ça m'encourage également beaucoup.
(Je suis d'humeur philosophe aujourd'hui)