On en a qu’'une…

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Ouais c’est vrai qu’il était seul, qu’on était deux, ouais c’est vrai que c’est pas loyal, ouais c’est vrai.
Ouais c’est vrai que Crocheton hurlait qu’il allait le tuer, c’est vrai ouais. C’est vrai que je tapais comme un sourd, même quand il était couché sur le sol à supplier qu’on arrête, c’est vrai qu’il a supplié, c’est vrai qu’on frappait encore. Mais jamais il aurait dû dire ça, jamais. Si maman n’avait pas hurlé « arrêtez les garçons, arrêtez», je sais pas comment ça aurait fini. J’en ai encore les mains qui tremblent, j’en ai encore la rage. LA RAGE !

Maman est toujours belle. Surtout quand elle met ses robes à fleurs. C’est la plus belle femme du monde. Quand parfois on lui a fait des misères et qu’elle se plaint un peu à mon père pendant le dîner, on se tait, on dit rien. Et papa finit toujours par dire qu’on a qu’une mère et qu’on ferait bien de la respecter, parce qu’une mère on en a qu’une et que quand elle sera plus là, qu’elle sera morte, il sera trop tard alors qu’on ferait bien de faire attention à ça : une mère on en a qu’une.

Toujours on se dit que papa dit ça parce qu’une mère, lui, il en a plus.

Maman a été déclarée mentalement déficiente, c’était y’a longtemps, je vous l’ai jamais caché, vous le savez. Vous respectez ça, jamais vous m’avez posé de questions… merci. J’ai pas honte de ma mère. Ou alors des fois seulement. Mais faut dire que des fois elle dit vraiment des trucs idiots.

C’est pas parce qu’on a honte d’elle qu’on marchait sur le trottoir d’en face. C’était juste pour rien, comme ça, parce qu’on est des mecs et qu’on préférait être tous les deux, Crocheton et moi…
On marchait comme ça sur le trottoir, et maman était sur celui d’en face, et Crocheton et moi on parlait juste de rien et de trucs et des vacances qu’étaient bien et puis trois secondes après on était sur le trottoir d’en face à déchirer nos poings sur le visage de ce pauvre con et à lui enfoncer le ventre à coups de pieds en hurlant et Crocheton en pleurait et y’avait ce bruit sourd de la chair qui claque sur la chair et en arrière plan celui de l’os qui cogne contre l’os et y’avait la rage. La colère. Cette colère en nous déversée sur lui ce pauvre con. Et j’en avais mal au poing et Crocheton a pris la tête du pauvre con entre ses mains et il allait la claquer aussi fort qu’il pouvait sur le bitume et y’a eu ce cri de ma mère qui a arrêté le monde.

Je n’aime pas la violence. Crocheton n’aime pas la violence.
Si c’était à refaire ? On referait tout pareil.

Pendant le repas, pour une fois c’est Crocheton qui dit comme ça « une mère on en a qu’une »… et il doit penser qu’on entend pas les larmes qui lui mouillent la voix. Papa fait ce genre de gestes qu’il fait une fois par siècle : il passe sa main dans les cheveux de Crocheton en souriant.

Qu’elle est belle maman quand elle marche en volant au-dessus du sol, tellement légère, tellement maman. Du trottoir d’en face on ne voit qu’elle et les oiseaux. C’est comme un dessin d’enfant.
Et puis soudain y’a ce petit con qui regarde maman comme on regarde un steak :
« Hé l’handicapée, tu viens m’la sucer ? »… alors LA RAGE !!!


[mp3]

Texte lu par Justine Miso.




Publié dans Au jour le jour

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Hana-chan 21/07/2008 18:00

y a des jours où la connerie des gens fait peur...

blog géniallissime en tout cas! bravo

bloody 09/05/2008 09:30

il y a pas a dire; il l'avait bien cherché...

. 11/07/2007 02:50

.

, 29/06/2007 02:07

,

Aelita 24/09/2006 21:10

Génial pour ne pas changer... Ya vraiment des connards quand même... Je l'aurais bien frapper avec toi moi aussi!