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Autoproclamé daron de la bogossphère
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Quelqu’un m’a dit un jour qu’il avait pleuré en lisant un de mes textes. Je lui ai dit que moi aussi j’avais pleuré en l’écrivant.
J’étais dans les toilettes, seul, les yeux fermés secouant dans ma main la mécanique de mes fantasmes à un rythme régulier, tout se passait bien, pourtant j’ai changé la bobine au moment le plus incongru pour me projeter le même film sur l’écran de mes paupières, le même film mais avec des acteurs différents. Mathilde s’est évaporée et le rôle principal échoua à son frère comme à une doublure, peut-être parce qu’il ressemble vraiment beaucoup à sa sœur. Et le scénario poursuivit ses extases et ses ravissements dans le corps nu de ce garçon contre le mien. Et je me suis forcé à imaginer cette fiction étrange, je me suis forcé jusqu’à ce que mon corps lâche et se ramollisse.
« Y’a pas de honte à être homosexuel, bien au contraire… enfin je ne dis pas qu’il faut l’être forcément… mais y’a des gens qui le sont et c’est très bien… pour eux je veux dire… enfin bon… »
Je crois que ça inquiète sérieusement ma mère de ne me voir qu’avec des garçons ou avec personne, seul. De ne pas me voir avec des filles. Une seule lui suffirait. A moi aussi, mais c’est plus facile à dire.
« Si j’avais un fils homosexuel, j’aimerais qu’il me le dise, je ne voudrais pas qu’il me le cache. Je n’aurais pas honte de lui. »
Oui je crois que ça l’inquiète beaucoup. Je finis par me demander si ça ne m’inquiète pas moi aussi.
Dans deux mois je serai au lycée. Puceau de la langue. Est-ce que c’est normal ?
Comment on sait qu’on est homo ?
Tout à l’heure j’étais aux toilettes. Oui, encore. J’étais aux toilettes et vous savez bien ce que j’y faisais. Oui, encore. Et tout en agitant ma main entre mes cuisses, j’ai mis le majeur de ma main gauche dans ma bouche, je l’ai mouillé et puis…
Faut-il avoir honte de ne pas savoir ce que l’on est ? Faut-il avoir honte de se laisser penser que l’on est peut-être ce que l’on est pas ? Vous comprenez ?
Oui j’ai enfoncé ce doigt dans mon anus en me masturbant, et je le faisais aller et venir entre mes fesses, sans en ressentir de plaisir particulier mais en me forçant à essayer d’en trouver un parce que ce serait plus facile d’être homo. Au moins je n’aurai plus affaire à l’inconnu. Aux filles.
Ce serait plus facile.
Ce n’est sans doute pas ce texte-là qui vous fera pleurer mes amis, comme quoi, ce ne sont pas les textes tristes les plus durs à écrire.
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