Mon oncle Alexo, c’est tellement qu’un souvenir que je suis même pas sûr qu’il ait existé.
Alessandro comme dit ma mère. Il me fait rire cet accent qu’elle prend quand elle parle de son frère. Elle en a plein la bouche on dirait. Parce que ça déborde de son cœur, elle en a plein la bouche de son frère.
Il est mort Alexo, c’est ce que pense Crocheton. Dix ans qu’il est pas rentré, dix ans qu’on a pas de nouvelles, dix ans que maman parle de lui au présent. Dix ans que papa la laisse dire. Dix ans qu’Alexo m’a passé la main dans les cheveux en me disant « gamin, on se retrouvera là-bas. » Est-ce que c’est moi qui l’ai imaginée cette scène-là ou est-ce que c’est arrivé vraiment ? Qui s’en souvient ?
Alexo, il avait les cheveux noirs comme un corbeau et un sourire d’ange. Quand il est arrivé au monde, il paraît que la vieille du village avait dit « celui-là, il est né pour avoir des ailes. » Mille fois maman l’a raconté cette histoire.
Alexo ressemblait à Jésus. Je pense à lui dès que je vois un crucifix. Et un jour, Alexo m’a mis la main dans les cheveux et puis il est parti. Il avait son gros sac sur le dos, ses cheveux lui tombaient dans la nuque. Il portait des habits qui ne se vendent nulle part, des habits qui se donnent. Il souriait en disant périple, en disant aventure, en disant pleure pas mais maman pleurait en disant attention, en disant mon frère, en disant je t’aime. Et puis au coin de la rue, les Indes l’ont aspiré, et depuis dix ans, jamais encore ne l’ont recraché. Et maman chuchotait reviens.
J’ai vu Alexo. De mes yeux. Je l’ai vu comme je ne vous vois pas. Je l’ai vu. En rêve. C’est sous la forme d’Alexo que mon inconscient est venu me parler cette nuit. Y’a pas de hasard. Il était là avec son sourire, avec sa chevelure noire qui lui tombait sur les épaules et avec ses ailes. Nous étions dans un pays coloré, avec des tissus partout qui séchaient aux fenêtres et partout des femmes qui portaient des paniers sur leur tête et des gamins cul nu qui gambadaient dans les rues de terre poussiéreuse.
J’ai dit : « mais alors, tu es toujours en vie ? » et Alexo a répondu : « je suis là. »
« Pourquoi t’as décidé de partir ? » ai-je demandé. Alessandro a répondu : « pourquoi es-tu resté ? »
Soudain, prenant sans doute conscience de la situation, je lui ai dit « mais tu as des ailes, c’est ridicule, c’est un cliché de série B. On se croirait dans une série de M6 » et il a dit « c’est toi Brad, c’est toi qui est ridicule » et il a passé la main dans mes cheveux et j’étais tout petit et lui très grand, c’était un géant. Non, j’étais juste redevenu un enfant. Et Alexo m’a dit « tu sais Brad, les décisions qu’on prend on les prend toujours comme si qu’on allait être immortel… tandis que la vérité c’est qu’on sera pas vivant toute notre vie. » Il a déployé ses ailes et, flottant au-dessus de moi dans le ciel, il a dit « vis ta vie comme un héros, bonhomme, c’est tout ce qui nous reste. » et puis il s’est envolé.
Le réveil a sonné. Je me suis levé comme on tombe. L’odeur du chocolat chaud m’a conduit à la cuisine et le hurlement de terreur de maman quand elle m’a vu : « Alléssandro !! »… elle était blanche et j’ai dit « maman ça va ? » et la main sur le cœur, elle a dit dans un sanglot « Brady, tu lui ressembles tellement… »
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Commentaires
C'est vraiment jolie comme histoire c'est très bien raconté.
Je suis content que ça t'ait plu (c'est mieux l'orthographe, clap clap) ;-)
Petite question: C'est vraiment un rêve?
Je sais que le but n'est pas, pour le lecteur, de savoir si c'est vrai ou pas mais j'aime bien les décrypter; en général ça dit pas mal de chose sur nous.
je vais pas te faire l'analyse,puisque je sais pas si tout est vraiment rêvé, et surtout, connaissant ton talent, tu as dû broder autour, pour mon plus grand plaisir :)Et puis, c'est assez perso, d'analyser un rêve.
Mais si ça t'interesse, fais le moi savoir ;)
Et bravo!
C'est gentil. Mais je crois qu'il faudrait que tu me connaisses peut-être un peu plus pour pouvoir analyser ce rêve dans la moindre de ses subtilités. Non ? Cela dit la proposition est très sympa. Un jour peut-être. ;-)
Et merci.
et aussi "Elle en a plein la bouche on dirait. Parce que ça déborde de son cœur, elle en plein la bouche de son frère"
Si ça pouvait être mon cas...
Chacun sa croix...
"Plein la bouche..." : on apprécie la première bouchée une fois qu'on sait que la deuxième ne sera pas pour tout de suite.
Tu fais référence à l'article "Monsieur Caca" ? ;-)
Euh si tu retrouves Alexo dans un prochain rêve, tu peux lui dire qu'il peut m'écrire, je suis un peu amoureuse de lui ! 
(Mais entre nous (d'où les parenthèses), si tu continues à écrire aussi bien, c'est de toi que je vais tomber amoureuse ! ;-))
C'est mignon. Mais je crois qu'Alexo est trop vieux pour toi et moi trop jeune. Mais c'est une touchante déclaration.
Te lire est un peu mon rayon de soleil actuel, Brad... Merci, tu réussi à me faire sourire
Chez moi aussi il pleut... mais t'inquiète, ils annoncent le retour du beau temps ;-)
Trop jeune pour moi, mouais mouais, sûrement ... (non non n'entrons pas dans cette polémique qui agite tous les cerveaux de tes pauvres -mais heureux- lecteurs ;-))
Ne le prend pas mal, je ne suis pas allé jusqu'à dire que tu étais vieille alors que j'aurai pu. Gentleman.
moi je suis pas trop vieille!!!
;-))
Argh
Ca m'enerve, cette envie de pleurer qui me colle a la peau quand je lis certains de tes articles ...
Rassure-toi : ça me fait pareil quand je les écris.
Je me dit que tu me lira, et que ça suffit à régler la note.
Et puis ça me permet de te dire ce que j'ai eu envie de te dire depuis longtemps ;Merci.






Voilà. J'suis au taf, et je me paye mon premier petit moment de bonheur grace à tézigue. Merci "bonhomme".
Biscard
PS: là tu l'as, et fort, le style. Bonne vie.
C'est très gentil Briscard. Merci à toi.