BLANG, BLANG

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

J’en ai encore le cœur qui cogne.

Si vous êtes capable d’imaginer ce que peut être la pire des peurs, la plus stupéfiante des frayeurs, celle qui dure un quart de seconde mais semble durer des heures comme si la vie s’arrêtait, si vous êtes capable de vous imaginer cela, alors c’est le moment. Car c’est exactement cela que je ressentais à ce moment précis. J’ai cru que j’allais mourir. Que c’était la fin. Je ne criais pas. C’est à cela qu’on reconnaît la vraie peur : on ne crie pas, on se tait pour se persuader qu’on est pas là. La frousse.

BLANG, BLANG, voilà ce qu’on venait d’entendre.

Quand je pense qu’une heure plus tôt on était là tranquille. Que maman disait « les garçons je vous confie la maison. » Qu’elle partait chercher ses dix kilos de patates à la ferme des Trois Chemins. Et que dès qu’elle a passé le coin de la rue, on a fouillé dans sa vaisselle.

« Esprit, es-tu là ? » Le silence qui suit une phrase comme celle-là ressemble davantage à une voix muette venue de l’au-delà que n’importe quelle autre banale absence de bruits. C’est la première chose que je me suis dite.
La seconde c’était « putain ».

C’est là que tout a commencé.

Parfois Crocheton a de ces idées qui me font dire que c’est un type génial et que j’ai de la chance de l’avoir pour frère. Toujours je me demande où il les trouve ses idées. Là je me le suis demandé. Et puis Crocheton nous a expliqué comment les choses se dérouleraient et alors je me suis senti submergé par une drôle d’impression d’aventure… quelque chose allait se passer. Et Crocheton a prononcé le mot comme un code magique ouvrant de nouveaux horizons : spiritisme.

« Esprit, es-tu là ? » Chacun de nous avait l’extrémité de l’index posée sur le verre retourné contre le lino du couloir. Juste posée. De chaque côté, nous avions placé un papier marqué OUI et un autre marqué NON. Et tout autour nous avions disposé les 26 lettres de l’alphabet. C’était les jetons du scrabble.

Crocheton a dit « il faudra faire attention aux esprits farceurs, ils peuvent être dangereux. » Et Benoît a demandé ce que c’était que ça les esprits farceurs. Moi-même je n’en avais jamais entendu parler. Les esprits farceurs c’est ceux qui te répondent et te font croire qu’ils sont la personne à qui tu veux parler, ou qu’ils sont Napoléon, le pape ou le plombier ou je ne sais qui et qu’en fait rien du tout, c’est juste des petits rigolos.

Comment on sait que c’est des esprits farceurs ? Suffit de leur poser des questions.

Le verre s’est dirigé vers le OUI.

« Putain. »

Y’a aussi les esprits frappeurs. Eux, ils tapent. Ils cognent. Blang, blang, comme si ça frappait à la porte mais en fait y’a personne dehors. C’est eux. C’est les esprits frappeurs.

Crocheton a dit comme ça, dans l’urgence, comme si c’était grave : « si un esprit refuse de partir, on ne peut pas l’obliger… il faut attendre… si vraiment il ne part pas, il faudra retourner le verre et mettre très vite une flamme dedans sinon… »

Sinon quoi ? J’ai pas osé demander.

Le verre s’est dirigé vers le oui.

« Qui es-tu ? » C’est Crocheton qui posait les questions. Mon index suivait le verre dans son déplacement. Je ne le poussais pas. Personne ne le poussait. Crocheton égrenait à haute voix chacune des lettres vers lesquelles le verre se dirigeait. D’abord le C et puis le O.

Souvent vous entendrez dire qu’il faut un verre en cristal. Absolument en cristal. Nous, on avait un verre à moutarde tout con, et ça a très bien marché.

« N… N… A… R… D » Crocheton nous avait dit qu’il ne fallait surtout pas se montrer trop faible face aux esprits farceurs, alors il a pris sa plus grosse voix et il a demandé « est-ce que tu te fous de notre gueule ? » et j’ai eu l’impression que le verre m’arrachait le bras pour attirer mon doigt le plus vite possible au-dessus du OUI.

Et là, y’a eu presque simultanément ces deux choses :

Crocheton qui prend sa voix d’ours et hurle « qui es-tu ? » BLANG BLANG, la porte qui cogne et bouge

Mes yeux exorbités. La bouche de Benoît entrouverte. Ma poitrine qui tape, qui tape. Les mâchoires serrées de Crocheton. La frousse. « C’est l’plombier », cet esprit farceur, le temps figé, cette voix qui nous moque, la voix de maman qui sourit derriere la porte mais ouvrez les garçons parce que c’est lourd ces patates !

Ouf…



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Publié dans Au jour le jour

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H59 24/01/2006 16:02

J'adore ! Très bien amené

gounina 02/08/2005 22:31

salut, moi je suis une amie de belle la planète, il y avait ton lien dans son blog, alors j'ai voulu voir un peu ce qui s'y racontait...
et bien, et bien, moi j'ai jamais réussis a faire marcher ce truc! j'ai les pétoches rien que d'imaginer le verre bouger... mais c'est horrible.. en tout les cas moi j'y croit et je connais pleins de personnes a qui les réponses obtenues ce sont bien réalisé!!!
Je te le confirme : ça fout les pétoches comme tu dis !
Heureux de voir de nouvelles "têtes"... n'hésite pas à passer souvent. Et bienvenue.

Zoelie 02/08/2005 19:28

Merci pour la precision.. J'avais mal compris...

Sinon, pour preciser aussi: oui, je me sens parfois faire partie du clan de "ceux qui depriment"... Donc, tu n'as pas mal vu ;) et desolee, si toi, ce n'est pas le cas, disons que j'ai mal interprete certains passages ou j'avais cru sentir un certain malaise "adolescent" (d'ou le "pour te remonter le moral, je peux te dire que ca ne dure qu'un temps" ou un truc du genre)

Mais je ne pense pas que je suis vieille, ni que ma vie est ratee (par contre, je trippe bien sur mon blog.)

Et si je me suis demandee si tu n'etais pas plutot un adulte qui se souvient de ses 15 ans et qui "joue", tres serieusement, a les revivre, c'est que ton style n'est franchement typique de celui d'un ado de quinze ans, meme un tres doue...(NB: ceci est un compliment) et que certaines anecdotes ont un petit cote suranne, qui ne leur enleve aucunement de la valeur, d'ailleurs.

Donc, je reste perplexe quant au cote totalement actuel de ces chroniques, mais je me doute que le silence restera de mise sur ce sujet, ca fait partie du jeu... (et ce, que tu aies reellement 15 ans ou non)
Et ca m'est egal, parce que je prends en tous les cas autant de plaisir a te lire ...



A propos: Joli fond de commentaires ;)

Je t'embrasse, moi aussi tres sincerement.
Zoelie.
Ton commentaire me fait plaisir. Je n'ajouterai rien. Sinon merci pour tes bons conseils concernant les methodes pour parfaire son blog. A bientôt.

Saiko 30/07/2005 02:23

Mon garçon, les fautes d'ortographe dans ta bannière sont indignes de toi! Reprends-toi que diable!
Argh... le couteau dans la plaie... (à genoux main sur le front, je me meurs)

Saiko 30/07/2005 02:23

Mon garçon, les fautes d'ortographe dans ta bannière sont indignes de toi! Reprends-toi que diable!
Oui, je m'en suis aperçu après l'envoi. Ce serait facile de mettre ça sur le dos de Crocheton qui a réalisé cette bannière, mais non, j'en prends la responsabilité.

Mea Culpa.
PS :sais-tu que ça me fait énormément de peine que de cet envoi tu ne retiennes que cela ?