Injustice (ou la fin de mon blog)

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

Existe-t-il de plus grandes injustices que celle de ne pas pouvoir agir, simplement parce qu’on est trop jeune pour le faire ? Quelle plus grande injustice que de dépendre des autres ?

Des trucs de filles à moitié à poil, sur Internet y’en a plein, faut pas s’étonner qu’on aille les voir.

C’est fini. J’ai plus le choix. Le blog s’arrêtera fin août.

Depuis que Pendry est tombé sur mon blog, je fais attention au moindre détail. C’est fini, personne ne trouvera plus une trace de mon site sur notre ordinateur. Ni dans l’historique, ni nulle part. J’efface tous les indices, systématiquement.

Et puis papa est entré en trombe dans la maison. Putain ça va chier !

Quand je me suis écrasé contre le sol avec en perspective les deux murs qui encadraient papa pour se rejoindre dans mon dos et, au fond, derrière, le plafond qui faisait comme un ciel blanc au-dessus de sa tête, quand je me suis écrasé dans le coin du mur, sur le cul, comme une merde, j’avais tellement mal à la mâchoire que j’ai pas pu crier. J’ai juste repensé à Crocheton et j’ai serré les dents.

Deux minutes avant, tout était calme à la maison. Même le soleil avait osé entrer. Les fenêtres étaient ouvertes. Ça sentait les fleurs. Maman avait passé la serpillière. Y’avait du courrier dans la boîte aux lettres. Papa revenait de la chasse à courre. Il garait la voiture.

Parfois il suffit d’une lettre. Juste une lettre.

Si vous voulez entendre ce que j’ai entendu à ce moment-là, prenez la voix la plus grave que vous pouvez et hurlez le plus fort que vous pouvez, mais avant ça, imaginez que vous êtes dans la plus noire des colères, imaginez que la chose qui est la plus importante au monde, celle qui vous est la plus chère, imaginez que quelqu’un vient de pisser sur cette chose et que ça vous mets en rage, vraiment, très, très, très en rage, et maintenant hurlez aussi fort que vous le pouvez : « TU M’AS EXPLOSĒ LE FORFAIT INTERNET !!! »

L’argent. Toujours l’argent. Cet argent qu’on a pas. Les factures. La colère. Je comprends.

BAM ça a fait quand papa a tapé du poing sur le bureau et ça a réveillé l’ordinateur. Papa a ouvert l’historique et là encore il a gueulé : « Brad !! Combien de fois je t’ai demandé ce que tu foutais tout le temps sur internet ?? » Je réponds pas. C’est pas une question faite pour être répondue, je le sais. Je me tais. « Combien de fois Brad ??!! » Je bredouille, baisse les yeux. L’historique se développe, s’allonge et la voix de mon père déferle : « Petits culs fermes, spécial gros nichons, petites salopes, fellation mode d’emploi, chaud au cul… » et puis soudain l’explosion : « ET TU VAS QUAND MÊME PAS ME DIRE QUE TU N’ES PAS AU COURANT POUR CES SITES DE CUL ??!!!! » Là, j’ai le temps de faire trois choses :
1. Je balbutie mais euh, p’pa et puis aussitôt je me dis « ferme-la Brad, si tu dis que c’est pas toi, il faudra que tu expliques les heures passées sur internet… sur ton blog ! »
2. Je regarde Crocheton, je sais ce qu’il pense : « Brad, protége ton visage ! »
3. Je me souviens de Crocheton recroquevillé sous la table et pleurant à ma place et je me dis « juste retour des choses Brady, assume, serre les dents. »
Et putain c’est dur.

Et c’est là que mon père se retourne, que son bras me barre le visage et me propulse dans l’angle dur du mur. Je vois Pendry qui ravale un geste. Et l’ombre de mon père qui hurle dans le plafond blanc « c’est fini Internet, profitez-en bien parce qu’à la fin du mois, c’est fini !! »

Et je ne sais pas ce qui me fait le plus mal : ma mâchoire ou ce que je ne pourrai plus vous dire.

J’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène. Maman est entré dans la chambre en silence et a murmuré « ça va Brad ? » J’ai fait signe que oui. Elle avait les yeux rouges. Je lui ai souri. Ça m’a fait mal. Je crois que ça lui faisait mal aussi.
Crocheton s’est assis sur le lit à côté de moi et il devait être sûr que j’attendais qu’il s’excuse. Mais il ne s’est pas excusé et ça ne m’a pas surpris. Il m’a regardé et il a dit « pour les sites de cul, Brady… c’est pas moi.»
Il s’est levé pour aller passer le gant de toilette sous l’eau du robinet. C’est Pendry qu’est revenu avec. Elle me l’a tendu en baissant les yeux.
Je l’ai pas regardé en lui disant "Pendry, steuplé, efface l’historique à l’avenir…"
Elle a regardé si je la regardais et elle a dit : "Merci, Brady."



Bonus du jour : donnez votre avis sur le numéro 2 de Contagion. (en espérant qu'il y ait un jour un n°3...)



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Publié dans Au jour le jour

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bregman 21/06/2006 22:00

Dur, dur, de dépendre de papa maman. Ton texte est excellent. J'ai l'impression d'être de retour à la maison !

julie 24/01/2006 17:20

c'est pas juste

Lili 23/12/2005 01:30

lol en tapant sur Google "Lili veut plus de Brad, moins de bite", je suis tombée sur le site de Philograph !!! Grumph j'y était presque !!!Au fait sur ton formulaire de newsletter, y a pas de lien prévu pour se désinscrire, que font les gens qui veulent te rayer de leur vie à jamais ???

R... 03/09/2005 08:06

Plus j'avance, plus la fin s'approche.
Aura-t-on tout de même le droit à un happy end?

BP D 27/08/2005 15:26

Mimi > C’est gentil Mimi. Y’a pas de commentaire idiot tu sais. Lire : « j’ai aimé ce texte » c’est très touchant. Lire « Merci » c’est inenvisageable…
C’était…
 
 

Ps : d’après Crocheton il y a en effet accès à internet au lycée… mais je ne sais pas (ne connaissant pas encore les lieux) dans quelle mesure je peux utiliser cette connexion. Mais je vous tiendrai au courant.
 
 

Araignée > je n’a pas de téléphone portable.
 
 

Locy > j’ai bien peur que si.