Le sens de la vie

Publié le par Brad-Pitt Deuchfalh

« Au tout début, le monde c’était peu de choses sans doute. Y’avait pas de voitures pas d’horloge, pas de chaussures ni de télévision, pas d’école, pas de diplôme, pas de livres, pas d’histoire-géo, pas de mathématiques, pas de langage, pas de gens pour vous rappeler qu’il faut être à l’heure, que vous êtes en retard, qu’il ne faut pas faire ci, qu’il faut faire ça, et tout ça c’était il y a très, très, très, très longtemps, et personne n’a la moindre photo de cette époque, pas la moindre idée de ce que cela pouvait être et si c’était mieux ou pire, et ceux qui prétendent que si, qu’ils ont bien une idée, ceux-là se gourent, ils se plantent, leur idée n’est rien d’autre que leur idée et ce n’est vraiment pas grand chose parce qu’ils n’étaient pas là-bas, pas plus qu’ils ne sont ici, ces gens sont presque déjà morts à force de vouloir prouver qu’ils sont vivants. Mais non, faut qu’ils insistent et hurlent à qui veut les entendre que maintenant c’est mieux et que maintenant c’est mieux.

Au tout début des choses, une forme de simplicité devait régner. Une sorte d’ordre établi, un grand tout, une unité. Et le temps passant les choses se sont compliquées et c’est presqu’évident puisqu’avec le temps les choses se compliquent toujours, pas vrai ? Il suffit de voir nos vies, la mienne, la tienne… avec le temps les choses changent et c’est de plus en plus compliqué. Toujours. Et plus ça va et plus on s’éloigne des évidences. Et sans doute que c’était cela au début qui existait, juste une évidence, une chose simple, peut-être tout simplement le sens de toute cette chose, de tout ce qui nous entoure et nous rumine, le sens de la vie tout simplement.
Mais on a tout disséminé, égrené, divisé, on a inventé tant de domaines de pensées différents, tant de disciplines, tant de spécialités, que la chose a été découpée, parcellisée, confettisée, et qu’il n’en reste que des quasi-souvenirs, des miettes dispersées aux quatre coins d’un monde qui n’est même pas carré.
Et peut-être qu’aujourd’hui celui qui pourrait réunir tous les savoirs de toutes les disciplines et avoir l’esprit suffisamment agile pour les connecter tous ensemble, peut-être cet homme-là pourrait-il nous apprendre quel est le sens de la vie.
Ou pas.
Parce que peut-être que la vie n’a pas de sens. Qu’elle n’a jamais eu aucun sens, qu’elle n’a toujours eu qu’une direction, celle du cimetière.

Ou peut-être que cet homme c’est moi. Qu’un secret est enfoui quelque part et que c’est à moi de le découvrir ! Parfois j’ai cette sensation-là (pas toi ?) cette sensation étrange qu’il y a un but à tout ça, à ma vie, à ma présence ici, sur Terre je veux dire. Que c’est comme une énigme dont je dois trouver la clé. Et qu’en la trouvant, soudain tout va s’éclairer et on comprendra tout : Dieu, le triangle des Bermudes, les extra-terrestres, le Saint-suaire, l’espace-temps, les pyramides d’Egypte, les fantômes, l’Atlantide, les trous noirs, la disparition des dinosaures. On comprendra tout. Tous ces mystères n’en seront plus. Y’aura plus que des réponses.

Alors les gens finiront par se demander où sont les questions, où sont les énigmes et les mystères parce qu’une vie sans mystère c’est pas une vie. Ils iront frapper chez leur voisin : « t’as pas une question ?
– Une question ?
– Ouais, une question, une énigme.
– Bah non.
– T’es sûr ?
– J’en sais rien.
– Tu sais pas ?
– Bah non j’sais pas… tu parles de quoi ?
– Je parle de quoi ?
– Bah oui, tu parles de quoi ?
– C’est une question ?
– Bah oui c’est une question !
– Tu vois bien que t’avais une question alors ! Pourquoi tu la gardais pour toi ?
– Mais c’est TOI qui m’a mis cette question en tête !
– MOI ? Tu m’accuses maintenant ? Après m’avoir menti, tu m’accuses ! »

Et chacun ira accuser son voisin de garder un grand secret, la clé d’une énigme tellement ancienne que tout le monde l’a oubliée. Et les gens se battront, se feront la guerre ou l’amour dans le seul but de s’extirper mutuellement un peu de ce secret mystique et puis ils finiront par se diriger vers le cimetière, ils y creuseront leur tombe et s’y coucheront en attendant que quelqu’un ait la gentillesse de venir les oublier. »
Alors je l’ai regardé et j’ai dit :
« hé, Croch’… passe-moi la liane, moi aussi je veux en fumer. »


Texte lu par Myrtille




Publié dans Au jour le jour

Commenter cet article

bregman 05/09/2006 02:29

"– Tu vois bien que t’avais une question alors ! Pourquoi tu la gardais pour toi ?
– Mais c’est TOI qui m’a mis cette question en tête !
– MOI ? Tu m’accuses maintenant ? Après m’avoir menti, tu m’accuses !"
-> !!! hé hé ! Vraiment trop forte, la liane ;)

locy 23/08/2005 11:39

La vie a bien un sens, seulement il est unique...

Marie 21/08/2005 10:42

Et plaf, le dernier paragraphe encore...

Mab 17/08/2005 13:07

"Qu’un secret est enfoui quelque part et que c’est à moi de le découvrir ! Parfois j’ai cette sensation-là (pas toi ?) cette sensation étrange qu’il y a un but à tout ça, à ma vie, à ma présence ici, sur Terre je veux dire. Que c’est comme une énigme dont je dois trouver la clé."
C'est un peu con, mais j'ai aussi cette sensation-là parfois... Oui, carrément...

Lord 16/08/2005 20:29

je viens en lire un tout les jours depuis que petitange a mis ton lien sur le forum ...
c'est marrant j'imagine une voix au texte je fais toujours ça quand je lis les autres quand je lis mes textes aussi ... mais chez toi la musique elle donne le ton ...

moi aussi j'ai l'impression qu'il y a une raison il y a forcément une raison pour vivre ... mais laquelle aider des gens qui finalement ne le veulent pas ... être une poire ... tanpis j'aurais été honnête moi j'aurais essayé ... j'aurais cru que finalement tous les hommes ne sont pas mauvais ... le temps de comprendre qu'un fois encore j'ai été une poire ... une pomme ... le dindon de la farce ... il est peut-être là le sens de ma vie ... arriver à trouver des humains qui finalement ne sont pas mauvais ....