Depuis l’entrée, quand la grille grince en s’ouvrant et qu’on pose le pied sur les graviers du sentier, la maison, faut dire ce qui est, elle ressemble vraiment à rien. Elle est moche. Tout simplement moche comme toutes ces maisons qui se ressemblent.
Mais des fois, et même après tout ce temps, il m’arrive d’être au bon endroit, au bon moment, avec le bon angle de vue, la bonne lumière, le bon silence, le bon vent dans les arbres, et la maison m’apparaît comme une sorte de manoir étrange, un château enchanté ou quelque chose comme ça. Une maison de vacances peut-être. Juste une maison de vacances avec des oiseaux qui chialent dans les arbres. Juste histoire de laisser couler un peu de tristesse sur le bonheur parfait d’une telle image. Parce qu’il n’y a pas de bonheur sans larmes.
Parfois elle m’apparaît comme ça la maison, un peu étrange, un peu d’ailleurs, et ça me fait écrire différent. Pas comme d’habitude il me semble. Et je ne reconnais pas vraiment mes mots.
Elle est comme ça ma maison.
Ma maison elle est pas dans les livres, elle est simplement juste là, à se dresser biscornue avec la falaise au fond qui se la joue carte postale mais qu’en fait c’est que la falaise et que je le sais bien mais que ça me fait rêver quand même, juste une seconde, le temps d’un oiseau, et que j’en ai les mots qui courent et les mots qui volent et que c’est ma maison. Dans ma maison y’a maman et ça c’est pas rien. Maman et l’odeur de sa tarte aux pommes. L’arbre au fond du jardin. Ma maison elle est comme ça, et puis l’odeur de l’herbe coupée et une abeille qui passe. Et le bourdonnement de la tondeuse à gazon qui apparaît au coin du mur, les grosses mains de papa qui la pousse et puis c’est la silhouette noire de mon père torse nu derrière la machine qui apparaît dans l’éclat du soleil et j’entend « dis-donc p’tit con, qu’est-ce tu fous dans mon jardin ? » et je me taille en courant parce que c’est pas papa.
Elles se ressemblent vraiment trop toutes ces maisons.
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Commentaires
Ton blog est une belle surprise...
ce blog est le plus sensible de tous ceux que je lis... bravo, bonne continuation
"Lili est entrée au lycée sans avoir jamais embrassé"
Comme quoi tu as encore le temps...






j'aime infiniment "juste une seconde, le temps d'un oiseau".
Au temps jadis du siècle dernier, quand j'étais petite, j'habitais moi aussi des maisons comme ça, que l'on pouvait confondre. Et il n'y avait même pas de falaise environnante pour se repérer.