La vérité
Aujourd'hui c'était la rentrée alors on a eu notre emploi du temps. Nos journées divisées en petites cases. Un trait=une sonnerie.
J'ai regardé autour de moi si y'avait des jolies filles dans ma classe. Mais en fait non, c'est à peu près les mêmes que l'an dernier.
Pendant que le prof disait "de 10 heures à 11 heures en salle 236", ce gros con de Francis m'a chuchoté à l'oreille "t'as vu, on aura pas l'père Guillard cette année… paraît qu'il est mort ce con. En tombant d'une échelle ! Mort de rire !"
J'ai répondu "c'est le matin".
M'a répondu "j'te demande pas à quelle heure est le cours de maths espèce de crétin je te dis que ce con d'Guillard… SILENCE !!! a hurlé le prof.
Quel con ce Francis ! Y'aura toujours des gens pour se couler les pieds dans le béton. Pour être bien sûr de pas s'envoler. Pour être bien sûr d'être bien sur terre. Y'aura toujours des Francis. Bien sûr. Et faudra faire avec.
"C'est le matin."
Aujourd'hui c'était la rentrée alors maman est venue dans ma chambre et je dormais encore à moitié et elle a dit « on est rien ».
Voilà, c’est exactement comme ça que ça c’est passé : je voyais le jour à travers mes paupières collées, l’ombre de maman à travers mes cils et je sentais déjà son parfum qui passait doucement à coté de mon lit et sa voix qui a dit comme un secret : « on est rien ».
J’ai ouvert les yeux et je me suis assis dans mon lit, elle ouvrait les rideaux : « qu’est-ce que t’as dit ? ». Elle m’a regardé en souriant et j’ai encore demandé : « qu’est-ce t’as dit m’man ? »
Et elle a répondu : « c’est le matin ».
Y’a des choses comme ça que je saurai jamais si c’est elle qui les dit ou si c’est moi qui les entends.
« on est rien »
On est rien. Y’a pas de vérité plus stable, plus ancrée. Y’a pas de falaise plus grande : on est rien les gars. On est juste rien.
Et pour pas longtemps.