Rêve.
Samedi matin, toujours la même rengaine, vous connaissez la chanson. Neuf heures, maman bigoudis dans la salle de bain et le séchoir à cheveux qui ronronne. Dans la cuisine, papa jogging son bas de pyjama en tasse de café chaud. Maman robe à fleurs en ouvrant la porte et papa l’embrasse au-dessus du grille-pain.
Dehors idem il fait beau.
Crocheton se cache-cache tout seul avec lui-même au fond de son lit en se racontant.
Pendry dandine son corps dans le couloir et souffle une bise au cou de papa.
Je dors.
Neuf heures trente, la voiture démarre, direction Carrefour. Pendry à l’arrière et papa au volant. Maman dans le soleil de ses lunettes XXL, Greta Garbow en plus belle.
Crocheton se bronze aux UV de la TV.
Je dors.
Onze heures, le gravier de l’allée crépite. Le coffre s’ouvre sur le plastique qui fritche des sacs à provision. Crocheton se précipite. Pendry se cristallise en éclats de rire. Maman rayonne. Papa part.
Je dors.
La voix de Crocheton qui dit c’est « questions-maison ».
Les mots de maman qui ricochent dans la cuisine. Et le rire de Pendry.
Je dors.
Soudain l’odeur des frites. L’odeur des œufs.
Dans deux minutes, maman entrera dans la chambre.
Elle soufflera « Brad, il est midi mon grand. Tu te lèves ? » ou peut-être que non et qu’elle hurlera que « ça sent l’fauve lind’dan ! » mais quelle importance… c’est tellement bon d’être en vacances.