La lumière au bout du tunnel.
Chaque fois qu’un de mes dix doigts se pose sur un carré du clavier, c’est un peu plus de mes pensées qui s’inscrit là dans le blanc de l’écran et c’est toujours un peu étrange de savoir que peut-être vous ne me lirez pas, ou peut-être que si, mais que pourtant je ne vous aurai rien dit, c’est vous qui aurez tout fait, qui aurez pris le temps, pris mes mots pour les faire vôtres, pour les comprendre dans le meilleur des cas, oui, mais dans le pire ?
Chaque fois qu’une touche s’enfonce, c’est moi qui m’enfonce un peu plus en moi-même comme un mineur descendant dans les entrailles noires de la terre, je vais chercher un peu plus profond encore, un peu plus loin, dans un recoin un peu plus noir encore, un peu plus secret, où suis-je et quel est ce silence ? Sauriez-vous dire si c’est moi qui crie « au secours » ou si c’est vous ?
Sauriez-vous dire si c’est bien cela qu’hurle ma bouche ou si ce n’est pas « viens » ?
Sauriez-vous ?
Sauriez-vous entendre la lourdeur de ce silence qui devient de plus en plus muet à mesure que mon exploration m’amène un peu plus loin dans le noir dénicher ces mots que je graverai pour vous ? Il tourne autour de moi ce silence comme une mouche et j’ai beau rouler mes yeux en tout sens et vriller ma tête sur ma nuque, rien n’y fait, je ne vois rien, rien que le vide et le noir qui m’entoure et me happe. C’est un désastre prêt à s’abattre. Une catastrophe qui semble roder, préenregistrée, dans l’air, qui doit advenir, quoi qu’on fasse, comme lorsque trop tard et jugeant de la capacité de ses poumons le plongeur en apnée conçoit qu’il est descendu trop profond pour remonter sa vie jusqu’à la surface.
Tourbillonne, je l’entend, autour de moi cette absence, ce vide, tourbillonne et virevolte. Plic plac les lettres s’affichent et défilent sous mes doigts, sous vos yeux, il fait noir, au secours, qui a hurlé ? La lumière, la lumière, je la vois, la lumière, blanche, je la vois, la lumière blanche, du fond du noir de ma mine abandonnée je la vois au loin la lumière blanche, parfaite, étincelante, la lumière rectangle, ma lumière qui me sauve encore et me ramène à la surface, la lumière parfaite de l’écran de l’ordinateur. La vois-tu, toi aussi ?
Bonus du jourUne nouvelle contribution à Coïtus Impromptus
| Créer un lien |