Nichons

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"Franchement, moi qui n'aime pas lire, avec ce bouquin, c'était la première fois que je lisais un livre en entier."
Un blogueur influent




 
Samedi 10 mai 2008

Me demandez pas si l’amour ça existe. Nan, pas à moi. Ou faudra que je vous montre une photo. C’est une photo de moi quand j’étais bébé. Avec mon père debout, à poil, sa bite à la hauteur de mon visage. Et ma mère qui pleure toutes les larmes de son corps. Et  ce qhurue fait mon père, à ce moment-là, c’est qu’il hurle. Alors me demandez pas si l’amour ça existe, nan, pas à moi. Parce que cette histoire-là, rien que d'en parler, ça me fait mal. Mon père croit que j’ai oublié, mais j’ai pas oublié. Les bébés se souviennent de tout.

C’est un peu en vrac dans ma tête. Ça commence avec mon père à poil. Totalement à poil. Dans la chambre de mes parents y’a mon père à poil. Voilà, je suis dans les chiottes du lycée et je pense à mon père à poil dans sa chambre. Je vois super bien sa poitrine, ses poils en forme de croix, de crucifix. J’ai toujours cru que c’était comme ça pour tous les papas, c’est con, j’ai toujours cru que les hommes avaient une croix sur le torse, un crucifix en poils. Maintenant je me rends bien compte que non. Je revois super bien, putain je suis là dans les chiottes du lycée et je revois comme si j’y étais mon père, à poil, et là, à la hauteur de mes yeux, les 18 centimètres de chair rose qui pendent le long de sa cuisse.

« 18 centimètres ». Là je prends une grande claque dans la gueule, VLAN, retour au réel :
-18 centimètres, c’est moi qu’a la plus longue.
-Vous êtes graves les mecs.
On est où là ?
Dix-huit centimètres c’est moi qu’a la plus longue vous êtes graves les mecs : ça c’est le dialogue de Benoît. Et de moi. Celui qui dit « 18 centimètres c’est moi qu’a la plus longue », c’est Benoît. Évidemment c’est Benoît. Celui qui dit vous êtes graves les mecs, c’est moi.
Et on est dans les chiottes du lycée. Évidemment.

L’amour. Est-ce que ça existe l’amour ? Bien sûr que ça existe et y’a maman qui hurle aaaaahhhh et j’ouvre les yeux et c’est Benoît la bouche ouverte qui hurle comme une alarme. Mais en fait non, c’est juste Benoît qui dit « c’est marrant », mais je l’entends pas avec la sonnerie de la récré qui me pète les tympans. On est toujours dans les chiottes.
Du lycée. Évidemment.

Je dis pas que c’est pas marrant. Nan. C’est pas ça que je dis. Jouer à celui qu’a la plus longue c’est franchement marrant. Et c’est pas parce que c’est Benoît qu’a la plus longue que je suis dégoûté. Nan. C’est pas ça. C’est juste que franchement, je vois pas l’intérêt. Benoît répond : c’est marrant. C’est ça sa réponse à tout, à Benoît : c’est marrant.
Et je dois avouer : oui c’est marrant. Même si ça sert à rien. De savoir que Benoît peut faire des crottes de 18 centimètres.

Mes parents, tous les vendredis soirs, je les entends baiser, han han, avec ma mère qui pousse des cris à travers le mur : aaaaahhhh. Quand il me dit ça Benoît, je lui dis putain, c’est glauque. Lui il dit « nan, ça va, ça a l’air de lui plaire ».

Quand maman a hurlé, ça faisait au moins 1000 ans que personne l’avait jamais entendu hurler ma mère, aaaaahhhh. On peut y mettre tous les A du monde. On peut y mettre les i et les éé et tout ce qu’on voudra, y’a pas de lettres pour écrire les cris. Surtout pas les cris de ma mère. Pas parce que c’est ma mère. Mais parce que c’est ma.
Maman a poussé son cri, aaaaahhhh. Maman était à poil, papa était à poil. Et moi j’étais dans la chambre. J’étais bébé. J’ai tout vu. Tout le monde croit que j’ai oublié, mais j’ai pas oublié. Alors me demandez pas si l’amour ça existe. Et attendez pas que je me pose la question : est-ce que l’amour ça existe ? nan.

Mon père à poil. On y revient. Parce que c’est là que tout commence. Mon père à poil le jour du cri de ma mère qui s’écrit pas avec des lettres. La bouche de ma mère ouverte en grand sur une photo. Et la photo qui pousse le cri. Mais c’est pas une photo c’est juste ma mère figée avec sa bouche ouverte en grand et toutes les lettres qu’existent pas qui sortent de sa bouche et mon père qui arrive en courant.
Nan, c’est pas ça, il courait pas. Nan. Il déplaçait le monde autour de lui, c’est ça, ouais, c’est comme ça que je m’en souviens, il déplaçait le monde autour de lui pour rapprocher maman et quand il a été sur elle, elle a dit plein de mots qui se chevauchaient, qui se percutaient et je m’en souviens, j’étais dans mon berceau et la lumière rebondissait sur la rambarde de la fenêtre et c’était un mercredi, il était 10h24 au réveil, et je m’en souviens super bien, elle était toute nue. Et les poils entre ses jambes, à ma mère, ils étaient noirs.

Et mon père l’a sautée.

J’ai compris beaucoup plus tard ce qui c’était passé. Ce que ma mère a dit avec des mots qui se bousculent et qui se grimpent les uns sur les autres, c’est qu’un mec était dans le jardin. Qu’un mec était dans le jardin et qu’il avait grimpé par la gouttière jusqu’à la fenêtre, celle de la chambre de mes parents où maman se déshabille. Que le mec est là, derrière le vitrage, en train de mater ma mère à poil alors, ma mère, elle se retourne et voit le mec et elle hurle des lettres qui existent pas qui font comme la sonnerie du lycée.
Aaaaahhhh
Et Benoît qui dit : j’ai pas dit c’est marrant.
J’ai dit : c’est marron !
Et le monde qui tourne sur lui-même sans que personne puisse rien y faire et mon père qui arrive en courant et ma mère qui lui dit tout, et le mec, on le voit au fond du jardin qui court. Il est redescendu le long de la gouttière avec sa braguette ouverte et il a traversé le jardin en courant comme un dingue et déjà il saute par-dessus le grillage.
Et c’est là que mon père l’a sautée, la rambarde de la fenêtre.

J’ai une photo de mon père qui vole. Si si. Il vole un peu comme Superman. Totalement dans les airs. C’est une photo-souvenir. Le souvenir de cet instant précis-là où mon père ferme ses yeux de pasteur, ouvre la fenêtre et puis ouvre ses yeux d’homme et plonge. Depuis le 1er étage, il plonge dans le jardin comme si c’était une piscine. Sauf qu’on a pas de piscine. Et son hurlement, c’est un loup-garou qui hurle. Et son corps qui traverse le jardin c’est juste la colère qui traverse le jardin. Et puis son corps qui bondit au-dessus du grillage, c’est la colère qui jaillit de son corps qui saute au-dessus du grillage et puis qui disparaît.
Et maman qui me prend dans ses bras en me berçant et dis pleure pas. Pleure pas.
Mais c’est elle qui pleure.

Vlan. La claque. L’énorme claque dans la gueule que je me prends quand y’a Benoît qui dit dix-huit centimètres. Là, au milieu des chiottes du lycée mais c’est comme si c’était au milieu de nulle part. Et je rigole parce que c’est vrai, « c’est marron » c’est marrant, mais je reviens de loin et ça personne le sait.

La photo c’est celle d’une femme tellement belle, et elle est assise sur le bord de son lit et dans ses bras y’a son bébé. Et dans la chambre y’a un homme qui entre et sa tête et son corps c’est une collection d’épines de pin plantées dans la peau et de brûlures d’ortie et des ronces qui lui ont balafré la gueule et sa peau c’est surtout de la terre. Et tout ce qu’il a à dire à ma mère c’est est-ce que ça va ? C’est tout ce qu’il a à dire mon père avec ses yeux d’hommes : eskeu sava eskeu sava eskeu sava. C’est tout. C’est tout, c’est tout ce qu’il veut savoir. Y’a rien qu’est plus important que ça, est-ce que maman va bien, eskeu maman va bien ? Eskeu ça va ? Ça va. C’est ça, ma mère, qu’elle répond. Elle répond : ça va. Mais c’est pas une affirmation, non. Elle dit pas ça va, avec ses yeux comme deux gros artichauts, elle dit : ça va ? ça va Gilbert ? et c’est seulement là que papa s’aperçoit qu’il est tout nu. Avec la bite à l’air.

Mais il hurle pas tout de suite.

Il hurlera que quand il sera sûr qu’elle va bien. Et c’est là que je comprends que l’amour existe, à cet instant précis : quand mon père hurle pas, alors qu’il est tout nu, avec son crucifix en poils sur la poitrine tout emmêlé de feuilles et griffé par les ronces, les joues balafrées, et là, à la hauteur de mes yeux de bébé, les 18 centimètres de chair rose qui pendent le long de sa cuisse.
Les dix-huit centimètres de tissus musculaires qui pendouillent de sa cuisse déchiquetée par le grillage.




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Dimanche 30 mars 2008

D.A.
Directeur artistique.
C’est ça que je suis : directeur artistique. Pour une très, très, très grosse boite. Et je gagne un paquet de fric. Juste pour dire nan coco, nan ! j’ai dit fushia, pas magenta ! Mais putain, qui m’a foutu un graphiste pareil ? j’ai pas quitté mon taf chez Publicis pour venir worker avec des baltringues !
Après je fais un tour sur moi-même en disant : il est où mon coca zéro ?
Et moi je lui dis : oh. Sérieux. T’as bossé chez Publicis ?
Et Crocheton, lui, il répond : nan.

Crocheton, c’est mon frangin, alors je le sais : Crocheton c’est le genre de mec qui serait prêt à inventer l’histoire la plus hallucinante que t’as jamais entendue rien que pour te faire croire qu’il est ce qu’il est pas.
Si un jour il est clodo, il dira à maman qu’il mange du caviar, c’est sûr. C’est mon frère alors je le sais.
Croch il dit toujours « un mythe, ça se construit ».

Crocheton ça fait 8 mois qu’il est parti à Paris. Huit mois qu’il dort tête-bêche dans les neufs mètres carrés de la chambre de bonne de Postiche. Six mois qu’il est pas rentré. La dernière fois c’était pour s’inscrire à la fac, histoire de toucher les bourses universitaires, un peu de fric pour pouvoir manger.
Six mois qu’on l’a pas vu et puis il rentre dans la maison et ça fait wouha quand il passe la porte. Pas parce que ça fait longtemps qu’on l’a pas vu. Pas parce qu’on hallucine de le voir tout amaigri avec des poches sous les yeux et un vieux pull troué nan. Pas parce qu’on est tous contents de le voir. Nan. Ça fait wouha parce que Crocheton a trop la classe avec son costume Gucci, sa chemise Christian Dior et sa cravate Paul Smith.

Wouhaaa !

Quand je lui demande où il l’a eu, son super costard Gucci, il me répond juste qu’il l’a payé seulement et moi je dis hein ? Trois mille euros ?! Tu rigoles ?
Mais nan, il rigole pas.

Mon frangin, quand il vide son sac de voyage plein de trucs Kenzo, Hugo Boss et Gucci je lui dis juste mais putain. Après je dis rien. Donc ça fait du silence. Et encore après, au moment où il relève les yeux vers moi, je dis mais putain, Croch’, comment tu fais pour te payer tous ces trucs ? Et c’est là qu’il me dit déa.
Directeur artistique.

Après il me raconte tout de A à Z et en accéléré ça donne ça :

1er août 2007 : Crocheton dit qu’il s’en va, qu’il va vivre à Paris. Qu’il arrête ses études, qu’il veut vivre sa vie.

2 mois plus tard (oct 2007) : Crocheton rentre pour s’inscrire à la fac. Mais vraiment juste pour s’inscrire. « Pourquoi ? »
Réponse : pour toucher le fric des bourses universitaires, 3200 euros pour l’année. Juste de quoi manger.

15 jours plus tard : Croch’ va à la banque et fait un emprunt étudiant de 5000 euros. Quand il me dit ça je lui dis putain t’es fou, comment tu vas faire pour rembourser ?!

3 jours après, Croch a tout dépensé :
-un costume Gucci, une chemise Christian Dior, une cravate Paul Smith : 4000 euros.
-Parfum, chaussettes, coiffeur, divers : 1000 euros.
Il a plus une thune.
Il a juste son bac.
Et il squatte dans la chambre de bonne de Postiche.
C’est là que je dis : mais putain Croch’, qu’est-ce qui t’a pris ?
Il répond pas, il sourit.

5 mois après (hier) : Crocheton veut me faire croire qu’il est directeur artistique pour une très, très, très grosse boite. Depuis le 1er novembre. Qu’il gagne 3000 euros par mois, met des costumes coupés sur mesure avec que des marques en i et des chaussures à 500 euros. Qu’il a un iphone. Un scooter. Et qu’il mange au restau.

Mais faut qu’il arrête de mentir. Voilà, c’est là. C’est là, quand je lui dis qu’il faut qu’il arrête de mentir. Qu’il faut qu’il arrête de mentir parce que c’est pas en s’endettant et en dépensant ce fric qu’est pas le sien. Qu’il faut qu’il arrête de mentir parce que c’est pas en tournant sur lui-même en prenant des airs de diva qui rit aux éclats. Qu’il faut qu’il arrête de mentir parce que c’est pas en s’inventant une vie qu’est pas la sienne. Qu’il faut qu’il arrête de mentir parce que c’est pas en s’habillant comme si il était riche qu’il va devenir riche.
C’est là, quand je lui dis qu’il faut qu’il arrête de mentir, que si il a besoin de fric, j’en trouverai, je lui en trouverai je le jure, mais faut qu’il arrête de mentir. C’est là, quand je lui dis tout ça en lui serrant le bras, que je le vois, dans sa main, le papier qu’il me tend.
C’est un CV.
C’est pas son cv à lui, nan, c’est le CV d’un gars qu’est passé dans les meilleures écoles et qu’a fait tellement de trucs exceptionnels dans les agences les plus connues du monde que c’est presque pas croyable. C’est le cv idéal. C’est le cv tout en anglais d’un artiste génial, d’un génie de la communication, un gars qui a inventé les meilleures campagnes publicitaires de ces 10 dernières années, qui a bossé pour les plus grandes chaînes de télé, le cv d’un mec super jeune qui a 20 ans d’avance sur tout le monde et une expérience professionnelle hallucinante. Un mec que tout le monde s’arrache. Le genre de mec qui se pointe à un entretien d’embauche en costume Gucci et cravate Paul Smith. Le genre de mec qui doit même pas exister.
Dernier employeur : Publicis.

En haut du cv, y’a un nom. C’est celui de mon frère.




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Vendredi 21 mars 2008
Je, soussigné Brad-Pitt Deuchfalh, blogueur à 2 euros, revendique fièrement l'acte terroriste qui a frappé 67 restaurants Mac Donald en France.
OUI, je suis l'auteur de cet acte odieux.
Et tant que je serai vivant, je continuerai à me battre pour pouvoir dire et écrire dans la presse que "je ne suis qu'une petite merde".


Brad-Pitt Deuchfalh



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ps : si vous souhaitez participer à la prochaine opération commando, envoyez un mail à bradpitt.deuchfalh+commando@gmail.com
par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Mardi 4 mars 2008

Putain les choux de Bruxelles c’est vraiment dégueulasse. Les choux de Bruxelles et le foie de veau. Beurk. Y’a rien de pire ! Ah, si : la langue de bœuf. Putain, ça, c’est vraiment horrible comme viande, à manger : la langue. Avec tous les petits picots dessus.
Par contre, c’est génial à utiliser comme gant de toilette pour se savonner la bite !

Donc bon, je reposais la grosse langue de bœuf, pleine de savon, sur le bord du lavabo quand je me suis dit que quand même c’était peut-être pas normal de faire ça : me savonner le zob avec une langue de bœuf, tout en pensant à Lafleur et sa petite langue rose. Nan, ça doit vraiment pas être normal de penser à Lafleur alors que ma copine c’est Linette.

Lafleur et Linette elles sont super copines et super belles. Elles se baladent toujours ensemble et quand elles passent, tous les mecs se retournent avec une langue énorme qui pend sur leur menton. Pleine de picots. Faut dire que Lafleur et Linette elles ont toujours des chaussettes qui leur remontent à la moitié des cuisses, avec des petites jupes ou des petits shorts encore plus courts que leur culotte. Lafleur et Linette c’est vraiment deux belles salopes qui aiment se faire prendre dans tous les sens. Ouais, c’est ça. C’est ça qu’ils se disent tous, les mecs de mon lycée, quand ils jouent avec leur zob, dans les chiottes, les yeux fermés : que Lafleur et Linette, han han, c’est vraiment deux belles salopes.

Pour Lafleur je sais pas, mais pour Linette c’est sûr : c’est pas une salope. C’est même tout le contraire. Moi depuis le 1er janvier j’ai roulé 386 pelles. Dans toute ma vie, j’ai roulé 386 pelles. Et les 386 pelles que j’ai roulées, je les ai toutes roulées à Linette. Deux mois que je mets ma langue dans sa bouche, à Linette, alors si c’était une salope, à mon avis, je serais au courant.
Par contre, Lafleur…

Le 3 janvier, ça faisait deux jours que je sortais avec Linette, on était au Mariachi, on buvait un café. Sous la table, Linette me tenait la main. Et puis elle s’est levée, pour aller aux chiottes ou chercher un truc à la boulangerie, je sais plus, et là paf, ça faisait pas deux minutes qu’elle était partie que Lafleur se colle à moi sur la banquette et me dit comme ça, au creux de l’oreille : quand vous serez plus ensemble tu me préviendras, paraît que c’est trop agréable comment tu roules des pelles, j’aimerais bien voir ça. Vue plongeante sur la moitié de ses cuisses et, plus près, la moitié de ses seins. La salope…

Des fois, salope, c’est un compliment. Je crois que les filles peuvent pas comprendre ça.
Et je comprends qu’elles comprennent pas.

La boulangerie est de l’autre côté de la rue. Les filles qui disent tout le temps qu’elle doivent faire gaffe à leur ligne, même si elles sont super jolies avec un corps parfait, comme Lafleur et Linette, les filles comme ça quand elles entrent dans une boulangerie pour se pencher sur les jolis petits choux à la crème, les jolis petits choux à la crème sont vraiment dégoûtés. Vraiment dég’. Parce qu’ils savent bien que les filles qui disent tout le temps qu’elle doivent faire gaffe à leur ligne, même si elles sont super jolies avec un corps parfait, ils savent bien, les petits choux à la crème, que ces nanas-là vont pas les manger. Nan. Et les petits choux à la crème, ce qu’ils veulent, c’est être mangé.

Quand une grosse bonnefemme entre dans une boulangerie alors là oui, les petits choux à la crème se mettent à frétiller dans leur vitrine, à sautiller sur place, à piailler comme des oisillons, moi moi… non : MOUA ! Mais quand c’est une fille super jolie qui entre avec son corps parfait en disant qu’elle doit faire gaffe à sa ligne, les petits choux à la crème, ils bougent pas. Ils sautillent pas. Ils sont vraiment dégoûtés. Parce que y’a rien à espérer avec des nanas comme Lafleur et Linette. Alors les petits choux à la crème restent là, serrés les uns contre les autres, à se tenir chaud, les yeux mi-clos.

Mais quand les petits choux à la crème sont tout serrés les uns contre les autres, à somnoler, et qu’une jolie fille, comme Lafleur et Linette, avec son corps parfait se penche au-dessus d’eux en disant qu’elle doit faire gaffe à sa ligne mais que bon, ce serait dommage de laisser ce joli petit chou se perdre et braaam l’avale tout entier, et puis s’aspire les doigts pour avaler la crème, quand une fille super jolie qui doit faire gaffe à sa ligne fait ça, je sais pas si la grosse bonnefemme derrière se dit « la salope…. ».
Je sais pas.
« La salope… »
Mais en tout cas, les petits choux, eux, ils se le disent. Parce que les choux à la crème, ce qu’ils veulent, c’est être mangé. Et quand un petit chou comme celui-là dit d’une jeune fille super jolie avec un corps parfait : wahou, la salope… et se met à fretiller, à sautiller sur place et à piailler, forcément, c’est un compliment. Vous comprenez ?

Donc bon bref, Lafleur venait de me dire : paraît que c’est trop agréable comment tu roules des pelles… j’aimerais bien voir ça mon chou. Je suis son chou. Et je crois que c’est là que je me dis les choux de Bruxelles, putain, les choux de Bruxelles c’est vraiment dégueulasse. Parce que faut que je me concentre sur un truc horrible, histoire de débander vite fait, avant que Linette revienne. Les choux de Bruxelles et le foie de veau. Beurk.
En tout cas Linette non, elle, c’est pas une salope. Linette qui revient, qui s’assied à côté de moi et me met la main entre les cuisses et me caresse par-dessus mon pantalon alors que je bois un demi-pêche au Mariachi avec plein de monde autour, Linette qui glisse ma main sous sa petite jupe et Linette qui s’agenouille et baisse ma braguette, tout ça, c’est des trucs qui arrivent tous les jours, et même Linette qui dit « par-derrière », ouais c’est des trucs qui arrivent tous les jours, dans les fantasmes des mecs de mon lycée. Mais en vrai, ça arrive jamais. Parce que Linette, c’est une romantique.

Avec Linette, on se prend par la main. Linette elle est fragile. Quand je la tiens par la main, j’ai l’impression que je suis important. Des fois je me demande si Linette aussi, le 1er janvier, c’était pas son premier roulage de pelle. Elle ressemble tellement à une biche innocente.
A la Saint-Valentin, je lui ai ramené un bouquet de roses rouges. J’avais l’impression d’être un chevalier. Peut-être que c’est ça l’amour. Offrir des fleurs pour faire plaisir, pour la rendre heureuse. La tenir par la main. Se contenter de juste la tenir par la main.

Le moment où je repense à tout ça, à la langue de bœuf, à Lafleur et aux petits choux à la crème, à la Saint-Valentin, à l’amour et à juste être heureux de tenir Linette par la main, le moment où je repense à tout ça, c’est un moment où il fait noir. Partout. Dans toutes les directions. Je suis dans un lit mais c’est pas le mien. Et dans le noir, tout ce que je vois c’est les chiffres rouges du radio-réveil 05:18.
On a passé la nuit à faire la fête et à boire. Et je sais pas si c’est le boum boum de la musique que j’entends encore dans ma tête ou si j’ai vraiment mon cœur qui tape à fond. En tout cas ça résonne dans le matelas. C’est pt’être parce que j’ai peur. La porte pourrait s’ouvrir d’un seul coup. Dans le noir complet, ça ferait comme un rectangle tout blanc et puis y’aurait la lumière de la chambre qui s’allume alors je me relèverais à angle droit dans le lit et y’aurait une voix énorme qui hurlerait « QU’EST-CE QUE TU FOUS DANS LE LIT DE MA FILLE ESPÈCE DE PETIT CONNARD ?! » et c’est là que Linette émergerait doucement de sous la couette en murmurant « papa… ».

Et lui il hurlerait « ET RETIRE IMMÉDIATEMENT TA MAIN DE SA CULOTTE !! »

Voilà. Je sais pas très bien comment on en est arrivé là mais on y est. Deux mois à s’embrasser, des fois sur les lèvres, des fois avec la langue. Deux mois à se tenir par la main, paume contre paume ou doigts entrecroisés. Deux mois à s’offrir des fleurs ou un café et se donner un rendez-vous, samedi, au Mariachi, à 15 heures et puis paf, on est là tous les deux dans le lit de Linette et j’ai ma main dans sa culotte et le cœur qui tape et tape.

C‘est bizarre d’avoir du respect pour quelqu’un, d’aimer son innocence, sa simplicité, sa naïveté, toutes ces choses qui font que Linette est Linette, sa beauté sans faille, son absence totale d’arrière-pensée, c’est bizarre d’avoir sa main dans la culotte de quelqu’un comme ça. C’est ça que je me dis. Et c’est peut-être pour ça que mon cœur tape si fort dans le dos de Linette. Dans ma poitrine.

Peut-être que c’est de mettre mon doigt, là, qui est bizarre. Dans ce trou-là. Mais je veux pas le mettre dans son sexe, mon doigt, parce que ce serait comme lui enlever un peu de sa virginité, de son innocence. Et je veux pas. Peut-être que c’est con pour vous, mais pour moi c’est presque romantique. Je glisse mon doigt, mon petit doigt, entre ses fesses. Doucement. Tout doucement. Et j’entends ses poumons qui se gonflent d’un coup et puis son soupir. Et mon cœur qui tape et tape dans l’obscurité et le silence. Et j’ose pas bouger mon doigt. J’ai peur. Et puis je sens ses fesses qui descendent, lentement, et puis qui remontent, lentement, autour de mon doigt immobile. Et son souffle régulier, han han. Je sens quelque chose humide contre mes autres doigts. Han han. Et je peux pas m’empêcher de me dire, comprenez-moi, je peux pas m’empêcher de me dire : putain, la salope…

Je suis son chou. Je suis son chou à la crème et braaam elle m’aspire le doigt avec ses fesses. La salope…
Et bien sûr que c’est le plus beau jour de ma vie, bien sûr mais en même temps j’ai envie d’hurler : « mais putain, il est où le romantisme ?! Est-ce que l’amour existe quelque part ? Ou bien est-ce que tout est sali par le cul et par l’envie de baiser !? Est-ce que l’amour ça peut pas être juste joli et mignon comme dans les films ?! » Je voudrais hurler. Je voudrais hurler. Je voudrais hurler mais j’ai trop peur qu’elle se réveille.


[mp3]

Texte lu par Justine Miso.



 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Lundi 11 février 2008

« On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue. »

Si j'ai les mots qui me viennent comme aux autres les idées noires, je sais pourquoi. Putain rien que cette phrase-là comment elle claque. Pourtant c'est venu comme ça. D'un coup. Une demi-seconde.

C'est mon père. C'est mon père que j'écoute depuis toujours. C'est mon père qui parle comme un torrent et chante comme un rossignol. Du haut de son estrade. Ce qu'il dit on le croit. Ou on le croit pas. Mais les mots qu'il dit, c'est comme des graines pour les oiseaux. Alors ils viennent tous lui manger dans la main.

« On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue. »

Dimanche matin. Quand y'a la voix de mon père qui se lève comme ça, c'est comme un jour de pluie au milieu du désert. Y'a un frisson qui se balade dans l'église. C'est mieux qu'au cinéma.

Mais faut pas croire, c'est pas toujours comme ça. Nan. Souvent on l'écoute pas le discours de mon père. Avec Crocheton on se parle tout bas, on écoute pas. Les discours de pasteur on les a tous entendus. On écoute que quand c'est les discours de papa. Et c'est rare. Mais hier matin, dans la soutane, je crois bien que c'était lui :

« Mourir.
Cette injustice.
Combien de fois l'avons-nous maudite ?
Combien de fois l'avons-nous maudite cette injustice ?
Combien de fois avons-nous hurlé son nom comme on hurle une insulte, mes amis ?
Combien de fois nous a-t-elle déchirés ?

Nous sommes des lambeaux face à la mort des nôtres.

Aimer ses amis pour finir par les perdre.
Aimer ses parents pour finir par les perdre.
Que pouvons-nous espérer ?
Pourquoi la vie est-elle injuste ?

Une jeune fille est venue me voir. Avec cette crainte. Cette peur. Cette angoisse. Une jeune fille est venue me voir. Que pouvais-je répondre à sa question : pourquoi la vie est-elle injuste  ?
Que pouvais-je lui répondre ?
Quand elle m'a raconté sa peur de perdre les siens. Cette angoisse qui vient avec la nuit. Cette angoisse qui la fait pleurer dans son lit. Que pouvais-je lui répondre ?

J'ai répondu ceci :
J'ai bien connu ça, quand j'étais enfant. J'ai enterré cent fois ma mère dans ma tête. C'était dur. Très dur.
On se force à imaginer le pire. Peut-être pour être prêt le jour venu. Peut-être pour accepter la fatalité. Peut-être.

Tu t'es déjà demandé pourquoi tu étais née ? Je veux dire, tu t'es déjà dit que c'était le grand jeu du hasard et que c'est toi qui as gagné ?
Tu t'es déjà dit qu'il y a plus de chances de gagner au superloto que de gagner la course à la naissance ? Tu t'es déjà demandé "pourquoi moi ?"
Est-ce que tu sais la chance que tu as ?

C'est drôle comme on accepte cette victoire comme une évidence.
On pense : "Je suis né et c'est normal. Mais je ne veux pas mourir."
On est rentré dans la danse et on ne veut pas en sortir. Et on ne veut pas que nos amis en sortent. Que nos parents en sortent.
On veut aller jusqu'au bout. Et au-delà.

Mais veux-tu que je te dise ? : on se trompe. Car on est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue.
Entendez-moi mes amis : on est des victorieux.
Silence. La voix de papa résonne dans l'église et dans les têtes. Le monde s'arrête. Papa reprend : On est des victorieux. Notre victoire on l'a déjà eue.
Notre trophée, c'est d'ouvrir les yeux chaque matin.
Notre chance on ne nous l'enlèvera pas. On nous l'a déjà donnée.
A nous d'en faire ce que l'on voudra.

Mourir n'est pas une injustice.
Mourir n'est pas une fin. C'est la naissance qui est un début.
»

Ça m'arrive souvent le soir de pleurer dans mon lit. Je l'ai déjà dit.
J'imagine l'enterrement de maman. Ça m'arrache le cœur.
Hier encore c'était le cas.
Mais pour une fois, je sais pas pourquoi, c'était l'enterrement de papa…




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour

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